Le rapport d’Amnesty sur Gaza de décembre 2024 formulait l’une des accusations les plus graves contre Israël : lors de 15 frappes aériennes israéliennes examinées, les 334 personnes tuées recensées par Amnesty auraient toutes été des civils. Pour aucune de ces frappes, l’organisation n’aurait trouvé d’indice indiquant une cible militaire. Cette affirmation absolue ne résiste plus à l’examen. Airwars répertorie désormais, pour plusieurs de ces frappes, des personnes tuées comme des acteurs militaires, notamment des membres du Jihad islamique palestinien et des commandants d’organisations armées.
Les corrections d’Airwars désormais documentées touchent ainsi directement un élément de preuve important du rapport d’Amnesty sur Gaza. Elles reposent notamment sur des avis de décès et des informations publiés ultérieurement par des organisations terroristes palestiniennes. Ce qu’Amnesty présentait en 2024 comme un bilan exclusivement civil apparaît différemment dans plusieurs cas à la lumière des corrections désormais documentées.
Le point de départ du nouveau débat est une enquête de l’auteur et chercheur Aizenberg, qui a réexaminé le 12 août 2026 plusieurs des frappes sélectionnées par Amnesty. L’élément décisif est le suivant : Les nouveaux indices ne proviennent pas simplement d’affirmations israéliennes formulées a posteriori par l’armée. Les éléments de preuve comprennent des publications et des avis de décès émanant des organisations terroristes palestiniennes elles-mêmes.

Rapport d’Amnesty sur Gaza : ce qu’Amnesty a réellement affirmé en 2024
Le rapport de 296 pages « You Feel Like You Are Subhuman »: Israel’s Genocide Against Palestinians in Gaza a été publié le 5 décembre 2024. Dans le rapport d’Amnesty sur Gaza l’organisation a notamment examiné 15 frappes aériennes israéliennes menées entre le 7 octobre 2023 et le 20 avril 2024.
Selon l’organisation, ces frappes ont fait au moins 334 victimes civiles, dont au moins 141 enfants. Amnesty a explicitement déclaré n’avoir trouvé, pour aucune des frappes examinées, d’élément indiquant qu’une cible militaire devait être touchée.
L’organisation est allée encore un peu plus loin. Selon ses propres déclarations, elle a vérifié le statut des personnes tuées et conclu que toutes les victimes recensées étaient des civils qui n’avaient pas participé directement aux hostilités.
Amnesty n’a donc pas simplement écrit qu’aucun combattant n’avait pu être identifié à l’époque. L’organisation a formulé une conclusion générale sur le statut des personnes tuées.
C’est précisément cette affirmation absolue qui ne peut désormais plus être maintenue.
L’identification de combattants ou de commandants parmi les personnes tuées ne prouve pas automatiquement que la frappe israélienne concernée était licite au regard du droit international. Elle réfute toutefois l’affirmation catégorique d’Amnesty selon laquelle toutes les personnes tuées étaient des civils. La licéité d’une frappe dépend également, entre autres, de la cible militaire, de la proportionnalité, des précautions prises et des informations disponibles au moment de la frappe.
Cas Al-Dos : Airwars corrige la liste des victimes
Un exemple particulièrement bien documenté est la frappe contre la maison de la famille Al-Dos, dans le quartier d’Al-Zaytoun à Gaza, le 7 octobre 2023.
Amnesty faisait état de 15 civils tués et déclarait n’avoir trouvé aucun indice d’une cible militaire. Airwars avait également d’abord recensé Osama Awni Al-Dous comme civil. L’orthographe divergente Al-Dous correspond à la translittération du nom dans la documentation d’Airwars, tandis que le cas est désigné ici selon l’orthographe d’Amnesty comme Al-Dos .
Puis de nouvelles informations sont apparues.
Le 2 juillet 2026, un compte Telegram attribué à la branche armée du Jihad islamique palestinien a publié un avis de décès consacré à Al-Dous et l’a identifié comme combattant.
Airwars a alors modifié son statut, de « civil » à « acteur militaire ». Parallèlement, Airwars a ramené de 15 à 14 le nombre minimal de civils tués lors de cette frappe.
Une affirmation factuelle concrète du rapport d’Amnesty sur Gaza est ainsi réfutée : toutes les personnes tuées lors de cette frappe n’étaient pas des civils.
Jabalia : Airwars recense cinq acteurs militaires
Le problème apparaît encore plus clairement dans le cas de la frappe contre le marché du camp de réfugiés de Jabalia, le 9 octobre 2023.
Amnesty citait cette frappe comme un autre exemple de situation où aucune cible militaire n’aurait été identifiable. L’organisation parlait d’au moins 70 civils tués.
Airwars recense désormais, dans cet incident, cinq acteurs militaires tués et entre 63 et 73 victimes civiles. Des avis de décès publiés ultérieurement et des informations provenant de l’entourage d’organisations terroristes palestiniennes ont conduit à identifier plusieurs victimes comme membres de groupes armés.
Cela ne change rien au fait qu’un grand nombre de civils ont été tués lors de cette frappe. Cela réfute toutefois l’affirmation d’un bilan exclusivement civil.

Al-Najjar : un commandant du JIP parmi les morts
La contradiction apparaît particulièrement clairement dans le cas de la frappe contre la maison de la famille Al-Najjar à Deir al-Balah, le 10 octobre 2023.
Là encore, Amnesty a déclaré qu’il n’y avait pas eu de cible militaire. Les personnes tuées ont été classées comme civiles.
Airwars recense cependant désormais deux acteurs militaires tués. L’un d’eux est Muhammad Shaldan Salman al-Najjar, identifié comme combattant dans une publication ultérieure du JIP.
Un second acteur militaire tué était Shaldan Salman al-Najjar. Airwars le répertorie comme commandant du JIP. Une publication des Brigades Al-Qods le désignait comme commandant du bataillon de Deir al-Balah-Nord de la brigade centrale.
Il ne s’agit donc plus d’une possibilité abstraite selon laquelle un combattant aurait pu se trouver quelque part dans une longue liste de victimes. Lors d’une frappe classée par Amnesty comme exclusivement civile, un commandant de bataillon du JIP figurait parmi les personnes tuées.
Al-Aydi : Airwars corrige un quatrième cas traité par Amnesty
La frappe contre la maison de la famille Al-Aydi dans le camp de réfugiés de Nousseirat, le 20 octobre 2023, fait elle aussi désormais partie des corrections documentées. Amnesty avait classé les personnes tuées lors de cette frappe comme civiles et n’avait relevé aucun indice d’une cible militaire.
Airwars a actualisé ce cas en août 2026. Rami Ataallah Abdel Rahman Al-Ayadi est désormais répertorié comme acteur militaire. L’orthographe Al-Ayadi correspond ici à la translittération utilisée par Airwars pour le nom individuel ; le cas d’Amnesty est désigné uniformément dans l’article comme Al-Aydi . Airwars renvoie à des publications des Brigades des martyrs moudjahidines, qui l’identifient comme commandant d’une unité de roquettes de la brigade centrale .
Airwars a modifié son statut, de civil à acteur militaire, et a réduit de 27 à 26 le nombre minimal de civils tués lors de la frappe.
Pour quatre des 15 frappes aériennes sélectionnées par Amnesty, l’affirmation d’un bilan exclusivement civil ne peut plus être maintenue à la lumière des corrections documentées. Parallèlement, la conclusion d’Amnesty selon laquelle ces cas n’auraient eu absolument aucun lien militaire est sensiblement affaiblie.
Harb : un indice supplémentaire, mais encore moins solidement étayé
L’enquête d’Aizenberg contient en outre un autre indice pertinent. Dans le cas de la frappe contre la famille Harb, le 12 décembre 2023 , Ahmed Mahmoud Al-Khudari est identifié comme membre du Jihad islamique palestinien.
Cet indice n’est toutefois pas encore étayé avec le même degré de qualité indépendante que les cas Al-Dos, Jabalia, Al-Najjar et Al-Aydi. C’est pourquoi le cas Harb n’est pas comptabilisé ici comme un cinquième cas traité par Amnesty définitivement réfuté.
Les quatre cas solidement documentés suffisent déjà à révéler un problème fondamental : l’affirmation absolue d’Amnesty concernant le statut civil de toutes les personnes tuées était excessive.
Le véritable problème réside dans la méthodologie
Amnesty a consacré d’importants efforts de recherche à son rapport. L’organisation a mené des entretiens, analysé des photographies, des vidéos, des images satellites et des débris de munitions et, selon ses propres déclarations, examiné également les publications de groupes armés palestiniens ainsi que les informations israéliennes.
L’erreur méthodologique décisive ne réside pas dans l’ampleur de l’enquête, mais dans le degré de certitude de la conclusion.
Le cas d’Osama Al-Dous montre, comme l’explique Airwars, comment traiter une situation d’information incomplète : classement initial comme civil, puis correction lorsque de nouvelles informations sur son appartenance au JIP sont devenues disponibles.
« Nous n’avons trouvé aucune preuve qu’il s’agissait d’un combattant » est, sur le plan scientifique et journalistique, quelque chose de totalement différent de « Cette personne était un civil ».
Dans une guerre en cours, les appartenances peuvent n’être connues que des mois ou des années plus tard, grâce à des avis de décès, des cérémonies commémoratives ou des publications d’organisations armées. Le rapport d’Amnesty sur Gaza a néanmoins transformé une situation d’information limitée en une affirmation factuelle définitive.
L’absence d’indices publiquement disponibles concernant une cible militaire n’implique pas automatiquement qu’aucune cible militaire n’existait. Une enquête a posteriori ne peut en outre pas reconstituer intégralement les informations de renseignement dont Israël disposait au moment de la frappe. C’est précisément pourquoi des affirmations absolues sur le choix des cibles et le statut des victimes ne peuvent être déduites de l’absence d’éléments de preuve publics.
Le problème de l’information dans une zone contrôlée par le Hamas
À cela s’ajoute un problème qui ne doit pas être occulté dans les enquêtes menées depuis la bande de Gaza : le statut public de combattant d’une personne tuée n’est pas nécessairement identifiable immédiatement.
Dès 2014, des organismes israéliens ont documenté des directives du ministère de l’Intérieur contrôlé par le Hamas, qui fournissaient aux militants des réseaux sociaux des consignes sur la présentation des victimes et des activités militaires. Les éléments d’alors montrent que la communication publique sur les acteurs militaires et les victimes civiles peut elle-même faire partie de la stratégie d’information.
Cela ne signifie évidemment pas que les déclarations de proches palestiniens ou de témoins oculaires seraient globalement fausses. Cela signifie en revanche très clairement qu’une enquête ne peut pas traiter l’absence, dans le témoignage d’un proche, d’une indication d’appartenance au Hamas ou au JIP comme une preuve du statut civil.
Les avis de décès publiés ultérieurement illustrent précisément ce problème. Des informations dont Amnesty ne disposait apparemment pas au moment de son enquête peuvent modifier fondamentalement l’évaluation de certaines victimes.
Ce que les nouvelles informations ne prouvent pas
Précisément parce que l’accusation portée contre Amnesty est grave, il faut établir une distinction rigoureuse.
La mort d’un combattant du Hamas ou du JIP ne rend pas automatiquement une frappe aérienne licite. Le droit international humanitaire exige toujours de distinguer les objectifs militaires des civils, de respecter le principe de proportionnalité et de prendre des précautions appropriées.
De même, la présence d’un combattant ne prouve pas automatiquement que cette personne précise était la cible de l’attaque. Il faudrait savoir quelles informations la partie israélienne détenait au moment de l’attaque.
Mais la même prudence doit également s’appliquer dans l’autre sens.
Lorsque Amnesty affirme qu’il n’y avait aucun objectif militaire et que toutes les personnes tuées étaient des civils, c’est à Amnesty qu’incombe la charge de la preuve pour cette affirmation de grande portée. Les combattants et commandants identifiés ultérieurement ne constituent donc pas de simples corrections biographiques accessoires. Ils concernent directement la base factuelle de l’enquête.
Pourquoi les 15 frappes aériennes sont importantes pour l’accusation de génocide
Le rapport d’Amnesty sur Gaza ne fonde pas son accusation de génocide exclusivement sur ces 15 attaques. Le rapport traite également de la destruction d’infrastructures civiles, des déplacements de population, des restrictions imposées à l’aide humanitaire et des déclarations de responsables israéliens.
Il serait donc faux d’affirmer que quatre listes de victimes corrigées réfuteraient automatiquement l’intégralité du rapport de 296 pages.
Les 15 frappes aériennes constituent toutefois un bloc de preuves empiriques important dans l’argumentation d’Amnesty concernant les homicides, les graves dommages physiques et psychologiques ainsi qu’un prétendu schéma d’attaques délibérées ou sciemment indiscriminées.
Amnesty a elle-même déclaré lors de la publication que ces cas étaient l’expression d’un schéma plus large. C’est précisément pourquoi la qualité de ces exemples sélectionnés revêt une importance particulière.
Si, dans les cas sélectionnés avec soin, il s’avère ultérieurement que des personnes présentées comme des civils étaient en réalité des combattants, voire des commandants d’organisations armées, l’analyse du schéma qui en est déduite doit elle aussi être réexaminée.

Aucun jugement de génocide contre Israël
Un autre point est également souvent brouillé dans le débat public : La Cour internationale de justice n’a pas, à ce jour, statué qu’Israël avait commis un génocide dans la bande de Gaza.
La procédure engagée par l’Afrique du Sud est toujours en cours. La Cour a ordonné des mesures conservatoires, mais n’a pas encore rendu de décision sur le fond de l’accusation de génocide.
Amnesty va beaucoup plus loin dans sa propre évaluation et a déjà déclaré en décembre 2024 qu’Israël commettait un génocide. L’organisation maintient toujours cette appréciation.
Précisément lorsqu’il s’agit de l’une des accusations les plus graves du droit international, un niveau d’exigence particulièrement élevé doit donc s’appliquer. Quiconque affirme qu’il y a génocide ne doit pas transformer l’incertitude en certitude.
Amnesty doit réexaminer ses propres cas
La manière équitable de traiter les nouvelles informations serait en réalité simple. Amnesty devrait réexaminer les 15 attaques étudiées à la lumière des informations désormais disponibles, actualiser les classifications des victimes et expliquer en toute transparence si et comment cela modifie l’analyse initiale.
Airwars l’a précisément fait. De nouveaux éléments ont été intégrés, des classifications antérieures ont été corrigées et les modifications ont été documentées publiquement.
Le même niveau d’exigence devrait s’appliquer à Amnesty.
Une correction ne signifierait pas nier les victimes civiles. Selon toutes les informations disponibles, de nombreux civils, dont des enfants, ont été tués dans les attaques étudiées. L’identification de certains combattants ne change rien à cette réalité.
Mais, inversement, les victimes civiles ne doivent pas conduire à faire disparaître les acteurs militaires de l’analyse, puis à tirer de leur absence supposée des conclusions politiques ou juridiques.
La question décisive n’est donc pas de savoir si Amnesty pouvait tout savoir en 2024. L’organisation ne le pouvait manifestement pas. L’enjeu est de comprendre pourquoi, malgré ces limites, elle a formulé ses conclusions avec un degré de certitude que les découvertes ultérieures ne permettent pas de soutenir.
Dans le cadre d’une accusation de génocide, « nous n’avons rien trouvé d’autre » ne suffit pas. Quiconque avance des affirmations d’une telle portée porte la charge de la preuve et doit corriger ses conclusions dès que les éléments de preuve commencent à s’effriter.
ℹ️ Base factuelle et sources primaires de l’article 📑
▶️ Amnesty International :
« You Feel Like You Are Subhuman »: Israel’s Genocide Against Palestinians in Gaza
Rapport complet d’Amnesty, en 296 pages, du 5 décembre 2024. Il constitue la base des affirmations concernant les 15 frappes aériennes étudiées, au moins 334 personnes tuées, dont au moins 141 enfants, ainsi que de l’évaluation par Amnesty des objectifs militaires et du statut des victimes.
▶️ Amnesty International :
Amnesty International concludes Israel is committing genocide against Palestinians in Gaza
Publication officielle concernant l’accusation de génocide et l’importance des 15 frappes aériennes étudiées dans l’argumentation d’Amnesty.
▶️ Airwars – Cas Al-Dos :
ISPT0004 – Attaque contre la maison de la famille Al-Dos
Documente l’identification ultérieure d’Osama Awni Al-Dous comme combattant du PIJ et le changement de son statut, de civil à acteur militaire.
▶️ Airwars – Jabalia :
ISPT0044 – Attaque au centre du camp de réfugiés de Jabalia
Documente entre 63 et 73 morts civils ainsi que cinq acteurs militaires tués lors de l’attaque étudiée par Amnesty le 9 octobre 2023.
▶️ Airwars – Famille Al-Najjar :
ISPT0096 – Attaque contre la famille Al-Najjar
Documente la présence de deux acteurs militaires parmi les personnes tuées ainsi que les informations concernant le commandant du PIJ Shaldan Salman al-Najjar.
▶️ Airwars – Famille Al-Aydi :
ISPT0402 – Attaque contre la maison de la famille Al-Aydi
Documente la classification ultérieure de Rami Ataallah Abdel Rahman Al-Ayadi comme acteur militaire, sa fonction de commandant d’une unité de roquettes ainsi que la réduction du nombre civil minimal de 27 à 26.
▶️ Aizenberg :
Enquête sur les frappes aériennes étudiées par Amnesty
Fil du 12 août 2026 confrontant plusieurs cas d’Amnesty à des nécrologies publiées ultérieurement et à des informations d’organisations armées palestiniennes.
▶️ Comité international de la Croix-Rouge :
Targeting under International Humanitarian Law
Principes relatifs à la distinction entre objectifs militaires et civils, à la proportionnalité et aux précautions nécessaires lors des attaques.
▶️ Documentation gouvernementale israélienne :
Hamas‘ media policy and treatment of journalists
Documentation datant de 2014 sur les directives de communication du ministère de l’Intérieur contrôlé par le Hamas concernant la présentation des victimes civiles et des activités militaires.
▶️ Cour internationale de justice :
South Africa v. Israel – Application of the Genocide Convention in the Gaza Strip
Page officielle de la procédure en cours pour génocide. À ce jour, aucun jugement sur le fond n’a déclaré Israël coupable de génocide.
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