La politique de puissance turque ne commence depuis longtemps déjà plus aux frontières du pays. La Turquie ne veut plus seulement être un pont entre l’Europe et l’Asie. Elle veut décider qui peut utiliser ce pont, dans quelles conditions et à quel prix politique. Sous la présidence de Recep Tayyip Erdoğan, Ankara a étendu son influence bien au-delà de ses propres frontières. Des soldats turcs sont présents en Syrie et en Irak, des conseillers militaires turcs opèrent en Libye et en Somalie, les drones turcs transforment les guerres régionales et les diplomates turcs tentent d’établir Ankara comme médiateur incontournable entre la Russie, l’Ukraine, le Caucase, le monde arabe et l’Occident.
Tout cela est bien plus qu’un activisme de politique étrangère. Derrière cette démarche se trouve l’ambition de positionner la Turquie comme un centre de pouvoir indépendant entre l’OTAN, la Russie, l’Europe et le monde islamique. Ankara ne veut pas faire partie d’un ordre établi par d’autres. Ankara veut participer à l’élaboration de cet ordre.

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Aus dem SCHLAGSEITE X-ArchivPour Israël, cette évolution revêt une importance croissante. En effet, les deux États revendiquent une influence dans les mêmes espaces stratégiques : en Syrie, en Méditerranée orientale, dans le Caucase, en mer Rouge et au sein de l’ordre politique du Moyen-Orient. Parallèlement, la direction turque soutient politiquement le Hamas, présente régulièrement l’action militaire d’Israël comme illégitime et se présente elle-même comme la puissance protectrice de la cause palestinienne.
D’une relation difficile, on est ainsi passé à un conflit de pouvoir structurel. Cela ne signifie pas encore qu’une guerre soit imminente. Cela signifie toutefois qu’Israël et la Turquie considèrent de plus en plus souvent l’un l’autre comme un obstacle à leurs propres objectifs régionaux.
ℹ️ Ce dont traite cet article
La politique étrangère turque ne peut s’expliquer ni par la seule religion ni par la seule mégalomanie personnelle. Idéologie, intérêts sécuritaires, objectifs économiques, mobilisation intérieure et politique de puissance classique s’imbriquent. Il est donc décisif de ne pas se demander si Erdoğan rêve secrètement de l’Empire ottoman. Ce qui importe, c’est de savoir quelles structures politiques et militaires Ankara met effectivement en place.
Le néo-ottomanisme est plus qu’une posture historique
Le terme néo-ottomanisme est souvent utilisé pour décrire la politique étrangère d’Erdoğan. Parfois, il correspond à un lien réel ; parfois, il remplace une analyse plus précise. La Turquie ne prévoit pas de rétablir formellement l’Empire ottoman. Elle revendique toutefois une influence politique, culturelle et économique dans de nombreuses régions qui ont autrefois appartenu à cet empire.
Cette influence s’étend des Balkans au Caucase, en passant par la Méditerranée orientale, jusqu’au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. Les symboles historiques, les références religieuses et le souvenir de la domination ottomane sont utilisés de manière ciblée. Ankara présente la Turquie comme la puissance dirigeante naturelle d’une région dont les frontières actuelles et l’ordre politique sont souvent présentés comme le résultat d’une ingérence occidentale.
Erdoğan associe ce retour historique à un projet nationaliste moderne. Son langage politique ne s’adresse pas seulement aux Turcs conservateurs sur le plan religieux. Il s’adresse également à un public qui souhaite voir la Turquie comme une nation militairement forte, technologiquement indépendante et respectée à l’échelle internationale.
Dans ce modèle, religion et nationalisme ne sont pas opposés. Ils se complètent. L’islam fournit la profondeur historique et l’attachement émotionnel. Le nationalisme turc fournit l’État, l’armée et la revendication de puissance.
La politique étrangère officielle de la Turquie décrit cette orientation de manière plus mesurée. Dans sa présentation officielle de sa politique étrangère Ankara parle du « siècle de la Turquie », d’une autonomie stratégique et d’une politique qui doit être forte à la fois « à la table des négociations et sur le terrain ». Cette formulation montre cependant déjà comment Ankara conçoit la diplomatie : Les négociations ne doivent pas remplacer la puissance militaire. La puissance militaire doit imposer de meilleures négociations.
La Turquie ne bâtit pas un empire, mais un réseau
La projection de puissance turque ne fonctionne pas comme une politique classique de conquête. Ankara n’annexe pas simplement des États étrangers. Elle construit un réseau de bases militaires, de missions de formation, de coopérations en matière d’armement, de relations commerciales, de dépendances politiques et d’institutions culturelles.
Dans le nord de la Syrie la Turquie contrôle ou influence des territoires le long de sa frontière. Les forces turques y opèrent avec des groupes syriens alliés. Ankara justifie principalement cette présence par la menace représentée par les organisations kurdes, qu’elle considère comme des ramifications du PKK.
Dans le nord de l’Irak la Turquie entretient depuis des années des positions militaires et mène des opérations contre le PKK. La souveraineté irakienne devient régulièrement l’objet de différends diplomatiques. Ankara considère toutefois la lutte contre les structures armées kurdes comme un intérêt sécuritaire prioritaire.
En Libye la Turquie a aidé militairement le gouvernement reconnu internationalement à Tripoli contre les forces du général Khalifa Haftar. Les drones turcs, les conseillers et les combattants alliés ont contribué à stopper l’avancée de Haftar. En échange, Ankara a conclu avec Tripoli un accord sur les frontières maritimes en Méditerranée, rejeté par la Grèce, Chypre et l’Union européenne.
En Somalie la Turquie exploite une importante base de formation militaire. S’y ajoutent des projets économiques, une aide aux infrastructures et une coopération politique. Ankara obtient ainsi un accès à un espace stratégique important situé près du golfe d’Aden et des routes commerciales entre la mer Rouge et l’océan Indien.
Dans le Caucase la Turquie a soutenu l’Azerbaïdjan sur les plans politique, militaire et technologique. La technologie turque des drones est devenue un symbole visible du succès azerbaïdjanais contre l’Arménie. Ankara a ainsi non seulement renforcé un allié proche, mais aussi sa propre influence à la périphérie sud de la Russie.
Le résultat n’est pas un territoire soumis d’un seul tenant. C’est quelque chose de plus moderne : un réseau de bases stratégiques, de partenaires et de dépendances.

La Syrie devient un foyer stratégique
La nouvelle rivalité entre la Turquie et Israël apparaît particulièrement clairement en Syrie. Après la chute du régime Assad en décembre 2024 Ankara a acquis une influence considérable sur la réorganisation politique du pays. La Turquie soutient officiellement l’unité de la Syrie, mais veut en même temps empêcher qu’une structure kurde durablement autonome ne s’établisse à sa frontière sud.
Israël poursuit d’autres priorités. Jérusalem veut empêcher que la Syrie ne redevienne une base de déploiement militaire de forces hostiles. Il s’agit notamment d’organisations iraniennes, de milices islamistes et de toute nouvelle armée susceptible de représenter à long terme une menace pour Israël.
La question centrale est donc la suivante : Qui façonne l’architecture sécuritaire de la nouvelle Syrie ?
Ankara souhaite jouer un rôle de premier plan dans la construction des forces de sécurité syriennes, des structures militaires et des institutions de l’État. Israël, de son côté, ne considère nullement automatiquement un ordre militaire dominé par la Turquie en Syrie comme une amélioration par rapport à l’ancienne présence iranienne.
La raison ne réside pas seulement dans la rhétorique d’Erdoğan. Des radars turcs, des systèmes de défense aérienne, des conseillers militaires ou des bases permanentes pourraient limiter la liberté d’action opérationnelle dont Israël dispose jusqu’à présent dans l’espace aérien syrien. Parallèlement, Ankara pourrait utiliser son influence politique pour soumettre les mesures de sécurité israéliennes à la frontière syrienne à une pression internationale.
Le ministère turc des Affaires étrangères a vivement condamné les frappes israéliennes contre des infrastructures militaires dans le sud de la Syrie en mars 2026 et en juin 2026 et déclaré qu’Ankara soutiendrait le nouvel ordre syrien ainsi que l’unité territoriale du pays. Du point de vue turc, Israël agit de manière déstabilisatrice. Du point de vue israélien, Israël empêche qu’une infrastructure militaire dangereuse ne se reconstitue immédiatement à sa frontière.
Les deux États justifient leur action par la sécurité. Mais ils donnent un sens totalement différent à cette notion.
⚠️ Le point dangereux
Une guerre directe entre la Turquie et Israël n’est pas inévitable et ne constitue pas non plus, à l’heure actuelle, le scénario le plus probable. Ce qui est surtout dangereux, ce sont les affrontements imprévus, les zones d’influence contradictoires et les erreurs d’appréciation militaires en Syrie. Plus les systèmes et les conseillers turcs qui y sont déployés seront nombreux, plus le besoin d’accords clairs visant à éviter une escalade sera important.
Pour Ankara, le Hamas n’est pas un interlocuteur ordinaire
L’attitude de la Turquie à l’égard du Hamas pèse particulièrement lourd dans les relations avec Israël. Erdoğan ne qualifie pas l’organisation d’organisation terroriste, mais la présente publiquement comme un mouvement de résistance palestinien. Des responsables du Hamas ont été reçus à plusieurs reprises en Turquie. En mars 2026 encore, le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a rencontré une délégation du Hamas à Ankara. Dès 2024, Erdoğan avait reçu l’ancien chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, au bureau présidentiel à Istanbul.
Ankara présente ces contacts comme faisant partie de son rôle de médiateur. Dans les conflits, il peut effectivement être utile de maintenir ouverts les canaux de communication avec des acteurs que l’on désapprouve politiquement. Cependant, les relations de la Turquie avec le Hamas vont au-delà de simples canaux de dialogue pragmatiques.
Erdoğan défend publiquement l’organisation, reprend des éléments centraux de son récit politique et dirige ses critiques presque exclusivement contre Israël. Dans cette présentation, le massacre du 7 octobre 2023, l’enlèvement d’otages et l’utilisation systématique d’infrastructures civiles par le Hamas disparaissent souvent derrière une accusation générale portée contre l’État juif.
Pour Ankara, la question palestinienne devient ainsi plusieurs choses à la fois : un lien idéologique avec le monde islamique, un instrument de mobilisation intérieure et un moyen d’attaquer la légitimité régionale d’Israël.
La Turquie se présente comme l’avocate des Palestiniens, mais traite remarquablement rarement la domination du Hamas comme faisant partie de leur problème.
Pour Israël, il ne s’agit pas d’un simple détail rhétorique. Une puissance régionale qui revalorise politiquement les responsables du Hamas tout en développant son influence militaire en Syrie est nécessairement évaluée différemment à Jérusalem d’un partenaire ordinaire de l’OTAN.
La Méditerranée orientale est le deuxième espace de conflit

Outre la Syrie, la Méditerranée orientale constitue le deuxième grand espace de concurrence entre la Turquie et Israël. Les intérêts énergétiques, les frontières maritimes, les stratégies militaires et les alliances régionales s’y rencontrent.
Israël a renforcé sa coopération avec la Grèce et Chypre renforcés au cours des dernières années. Des exercices militaires conjoints, des projets énergétiques et des consultations politiques relient trois États dont les intérêts coïncident sur des points importants face à Ankara.
La Turquie ne reconnaît pas la République de Chypre et soutient la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par Ankara. Parallèlement, elle revendique de vastes zones maritimes et rejette l’interprétation grecque et chypriote des zones économiques exclusives.
Avec l’accord turco-libyen sur les zones de compétence maritime, Ankara a tenté d’imposer sa propre conception géographique de la Méditerranée. La Union européenne a déclaré, que cet accord violait les droits souverains d’autres États, ne respectait pas le droit de la mer et ne pouvait produire d’effets juridiques à l’égard d’États tiers.
Pour Israël, il ne s’agit pas seulement de lignes abstraites sur des cartes. Les gisements gaziers offshore, les câbles sous-marins, les éventuels gazoducs et la sécurité des voies maritimes constituent des intérêts stratégiques. Celui qui détermine l’ordre de la Méditerranée orientale influence également la marge de manœuvre économique et sécuritaire d’Israël.
L’industrie de l’armement transforme les possibilités d’Ankara
La Turquie ne pourrait pas poursuivre ses objectifs de politique étrangère avec la même détermination si elle dépendait entièrement des livraisons d’armes étrangères. C’est pourquoi Ankara investit massivement depuis des années dans sa propre industrie de défense.
Les drones de combat turcs sont particulièrement visibles. Des systèmes comme le Bayraktar TB2 ont été utilisés dans plusieurs conflits et exportés à l’international. S’y ajoutent des navires de guerre, des véhicules blindés, des missiles, des capacités de guerre électronique et le projet d’avion de combat turc KAAN.
Ces systèmes n’ont pas besoin d’être à la pointe mondiale dans chaque catégorie technique pour avoir une valeur politique. L’essentiel est que la Turquie puisse fournir des armes sans dépendre, pour chaque opération de politique étrangère, d’une autorisation de Washington, Berlin ou Paris.
Selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) , la Turquie a augmenté ses dépenses militaires réelles de 7,2 % en 2025, pour atteindre environ 30 milliards de dollars américains. Le SIPRI cite notamment comme raisons les opérations militaires turques en Syrie, en Irak et en Somalie.
L’autonomie stratégique ne commence pas par des discours. Elle commence dans les halls de production, avec les pièces détachées, les munitions et ses propres chaînes d’approvisionnement.
L’industrie de l’armement n’est donc pas seulement un projet économique. Elle constitue le fondement matériel de la politique étrangère turque.
L’appartenance à l’OTAN protège et limite Ankara à la fois
La Turquie est membre de l’OTAN depuis 1952. Elle possède l’une des plus grandes armées de l’Alliance, contrôle, sur la base de la Convention de Montreux, les détroits turcs entre la mer Noire et la Méditerranée et se trouve au carrefour de plusieurs zones de crise. Aucun plan de sécurité occidental sérieux pour l’Europe du Sud-Est, la mer Noire ou le Moyen-Orient ne peut totalement ignorer la Turquie.
Ankara exploite habilement cette importance. Elle coopère avec l’Occident, tout en achetant des systèmes d’armes russes. Elle soutient l’Ukraine, mais maintient le dialogue avec Moscou. Elle fait partie de l’OTAN, mais bloque ou retarde des décisions lorsqu’elle en attend des concessions politiques.
Cette politique est souvent décrite comme contradictoire. Du point de vue d’Ankara, elle est toutefois cohérente : La Turquie veut utiliser les alliances sans se laisser entièrement enfermer par elles.
L’appartenance à l’OTAN confère à la Turquie protection et influence. Elle ne signifie toutefois pas que l’Alliance ferait automatiquement sien tout conflit régional d’Ankara. L’article 5 oblige chaque membre de l’Alliance à fournir le soutien qu’il juge lui-même nécessaire. Il ne constitue donc ni un blanc-seing militaire automatique pour des escalades provoquées par Ankara, ni un soutien automatique à n’importe quelle opération militaire turque menée hors du territoire de l’Alliance.
C’est précisément pourquoi l’hypothèse d’une guerre ouverte entre la Turquie et Israël est politiquement complexe. Les deux États sont étroitement liés aux États-Unis, mais Israël n’est pas membre de l’OTAN. Washington aurait un intérêt majeur à empêcher une confrontation directe.
Ankara peut utiliser l’OTAN comme arrière-plan stratégique. Mais elle ne peut pas entraîner l’Alliance à sa guise dans ses ambitions régionales.
Entre puissance réelle et surestimation politique
La Turquie est une puissance régionale importante. Elle compte plus de 80 millions d’habitants, une grande armée, une industrie de défense en expansion, une position géographique importante et un vaste réseau diplomatique. Celui qui réduit Ankara au rôle de simple perturbateur bruyant sous-estime le pays.
Il serait tout aussi faux de traiter déjà la Turquie comme une grande puissance inarrêtable. Les fondements économiques restent vulnérables. L’inflation, la dépréciation de la monnaie, la dépendance aux importations d’énergie et le besoin de capitaux étrangers limitent la marge de manœuvre en politique étrangère.
Le réseau d’influence turc n’est pas non plus exempt de contradictions. Les partenaires coopèrent avec Ankara parce qu’ils ont besoin d’armes, d’investissements ou d’un soutien politique turcs. Cela n’implique pas une loyauté durable.
La Russie n’accepte l’influence turque que là où celle-ci ne contredit pas fondamentalement ses propres intérêts. Les États arabes se méfient de la proximité d’Erdoğan avec les Frères musulmans. La Grèce et Chypre cherchent une protection grâce à des partenariats européens et régionaux. Les acteurs kurdes considèrent la Turquie comme une menace existentielle. Israël, quant à lui, dispose de capacités militaires, technologiques et de renseignement qu’Ankara ne peut pas simplement ignorer.
La puissance turque est réelle. La toute-puissance turque relève de la propagande.
Israël et la Turquie ne sont pas des ennemis naturels
Malgré toutes les tensions, Israël et la Turquie ne sont pas nécessairement condamnés à devenir des ennemis permanents. Les deux pays ont coopéré étroitement par le passé. La coopération militaire, le commerce, le tourisme et les relations diplomatiques ont montré que des intérêts communs étaient possibles.
Même aujourd’hui, il existe des domaines dans lesquels un accord serait raisonnable. Il s’agit notamment de la stabilité régionale, de l’approvisionnement énergétique, du commerce, de l’endiguement de la puissance iranienne et de la prévention d’un effondrement total de la Syrie.
Le problème tient moins à un antagonisme inévitable entre Turcs et Israéliens qu’à l’orientation politique de la direction turque. Erdoğan utilise régulièrement Israël comme ennemi intérieur, rehausse politiquement le Hamas et associe la politique régionale turque à la prétention de se présenter comme le porte-parole du monde islamique.
Tant que cette ligne se poursuivra, les rapprochements diplomatiques resteront fragiles. Des ambassadeurs peuvent revenir, les relations commerciales peuvent se développer et des discussions peuvent avoir lieu. Mais sous cette surface diplomatique, la compétition stratégique s’intensifie.
Le véritable conflit porte sur l’ordre de l’après-guerre
Les conflits qui ont suivi le 7 octobre 2023 ont modifié les rapports de force au Moyen-Orient. Le Hamas a été durement frappé militairement. Le Hezbollah a perdu une partie de sa puissance passée. Les structures régionales de l’Iran ont subi des pressions. Le régime Assad s’est effondré.
Lorsque d’anciens centres de pouvoir sont affaiblis, des espaces s’ouvrent pour de nouveaux acteurs. La Turquie y voit une occasion historique. Elle peut étendre son influence en Syrie, se présenter comme la puissance dirigeante du monde sunnite, continuer à établir son industrie de défense et contester l’ordre politique de la Méditerranée orientale.
Israël observe la même évolution sous un autre angle. L’État juif veut empêcher qu’une nouvelle structure de pouvoir islamiste ou dominée par la Turquie ne succède simplement à la menace iranienne.
Il ne s’agit donc pas seulement de Gaza, de la Syrie ou de différends diplomatiques isolés. La question est de savoir qui façonnera l’ordre régional après les guerres actuelles.
Ankara mise sur la taille, la profondeur géographique, la présence militaire et l’influence politique. Israël mise sur la supériorité technologique, les services de renseignement, la puissance aérienne, les partenariats stratégiques et une dissuasion résolue.
Les deux États sont trop importants pour s’ignorer. Ils sont tous deux trop puissants pour chasser simplement l’autre de la région. C’est précisément là que réside le risque.
✔️ En résumé
La politique de puissance d’Erdoğan n’est ni une simple fantaisie ni la reconstruction imminente d’un Empire ottoman. La Turquie met en place un réseau d’influence réel composé de bases militaires, de coopérations dans le domaine de l’armement, de partenariats politiques et de dépendances économiques.
Pour Israël, cela constitue avant tout un défi stratégique en Syrie et en Méditerranée orientale. Une guerre directe n’est pas inévitable. Une rivalité à long terme est toutefois déjà une réalité.
Conclusion : Ankara veut être au sommet, pas à la marge
Erdoğan a profondément transformé la politique étrangère turque. La Turquie n’attend plus que l’Europe, les États-Unis ou la Russie lui attribuent un rôle. Elle se crée elle-même ce rôle.
Cela mérite une attention lucide. Se moquer de toute initiative turque en la qualifiant de mégalomanie revient à méconnaître les capacités réelles d’Ankara. À l’inverse, prendre au pied de la lettre la mise en scène d’Erdoğan revient à confondre propagande et puissance.
La Turquie n’est pas une nouvelle puissance mondiale. Mais c’est une puissance régionale aux ambitions mondiales, dotée d’outils militaires et d’une volonté affirmée de déplacer les limites politiques de l’influence existante.
Pour Israël, la tâche ne consiste donc pas à répondre à chaque provocation turque par sa propre rhétorique. L’essentiel réside dans des alliances solides, une liberté d’action militaire, des lignes rouges claires en Syrie et une coopération durable avec la Grèce, Chypre et d’autres partenaires régionaux.
Ankara rêve d’un ordre dans lequel aucun chemin ne pourrait contourner la Turquie. Israël doit veiller à ce que ce chemin ne passe pas par sa sécurité.
ℹ️ Base factuelle et sources primaires de l’article 📑
▶️ Ministère turc des Affaires étrangères :
La politique étrangère nationale au « siècle de la Türkiye »
Présentation officielle de la politique étrangère turque, de sa revendication d’une autonomie stratégique et de son objectif de contribuer activement à façonner l’ordre régional et international.
▶️ Ministère turc des Affaires étrangères :
Déclaration sur l’attaque israélienne dans le sud de la Syrie du 20 mars 2026 et Déclaration sur les attaques israéliennes en Syrie du 29 juin 2026
Position officielle de la Turquie concernant les opérations militaires israéliennes, l’intégrité territoriale de la Syrie et le rôle d’Ankara dans la stabilisation du pays.
▶️ Conseil national de sécurité turc :
Déclaration du 8 avril 2026
Priorités officielles d’Ankara en matière de sécurité concernant le terrorisme, les conflits régionaux, l’Iran, Israël et la sécurité des frontières turques.
▶️ Institut international de recherche sur la paix de Stockholm :
La hausse des dépenses militaires mondiales se poursuit, portée par l’augmentation des dépenses européennes et asiatiques
Données récentes sur les dépenses militaires turques en 2025 et sur les conséquences financières des opérations en Syrie, en Irak et en Somalie.
▶️ OTAN :
Défense collective et article 5
Explication officielle de la défense collective, des obligations d’assistance et de la marge de manœuvre des différents membres de l’OTAN.
▶️ Conseil européen :
Position sur l’accord turco-libyen relatif aux zones de compétence maritime
Présentation de la position juridique européenne, selon laquelle l’accord porte atteinte aux droits souverains d’autres États, ne respecte pas le droit de la mer et ne produit aucun effet juridique à l’égard d’États tiers.
▶️ Jüdische Allgemeine :
« Les fantasmes de puissance d’Ankara »
Point de départ journalistique pour l’analyse indépendante de la politique régionale turque et de ses conséquences pour Israël.
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