« Du fleuve à la mer » est souvent présenté comme une promesse de liberté et de droits égaux pour tous les habitants entre le Jourdain et la Méditerranée. Cela semble d’abord conciliant. Mais dès que l’on prend le slogan au sérieux sur le plan politique, le véritable problème commence : Quel ordre étatique doit être instauré sur l’ensemble de ce territoire et qu’adviendra-t-il alors d’Israël ?
Il ne s’agit pas de pinailler sur les mots. Quiconque veut remplacer un État existant par un nouvel ordre politique doit expliquer, qui gouvernera à l’avenir, comment le pouvoir sera limité, quels droits seront garantis et pourquoi l’autodétermination nationale du peuple juif devrait prendre fin pour cela. Une simple promesse de liberté ne répond à aucune de ces questions.

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Aus dem SCHLAGSEITE X-ArchivLe slogan a une histoire politique
L’idée d’une Palestine couvrant l’ensemble du territoire entre le Jourdain et la Méditerranée n’est pas apparue seulement dans les manifestations actuelles. Elle remonte à plusieurs décennies dans le mouvement national palestinien. La Charte nationale de l’OLP de 1968 désignait la Palestine à l’intérieur des frontières du mandat britannique comme une unité territoriale indivisible, rejetait la partition de la Palestine et déclarait la lutte armée comme stratégie pour sa libération.
La revendication territoriale maximaliste est donc historiquement bien antérieure au débat actuel sur la signification exacte du slogan anglais. L’origine précise de la formulation anglaise aujourd’hui courante est controversée. Il importe donc moins de savoir qui a utilisé cette formule concrète en premier que de constater que la revendication de l’ensemble du territoire est réapparue à maintes reprises dans différents courants du mouvement palestinien.
Une évolution historique importante doit toutefois être mentionnée : Dans le cadre du processus d’Oslo, l’OLP a modifié sa position officielle. En 1993, elle a reconnu le droit d’Israël à exister en paix et en sécurité et a déclaré que les dispositions de la Charte nationale contraires à ces engagements n’étaient plus valables ou ne produisaient plus d’effets.
La position historique de 1968 ne doit donc pas être assimilée à la ligne officielle actuelle de l’OLP. La revendication territoriale maximaliste n’a toutefois pas disparu de la politique palestinienne. Des décennies plus tard, la même idée géographique fondamentale apparaît dans le document programmatique du Hamas de 2017 . L’organisation y rejette toute alternative à la « libération complète de la Palestine », du Jourdain à la Méditerranée.
Le document du Hamas désigne parallèlement un État palestinien le long des lignes du 4 juin 1967 comme une « formule du consensus national » possible. Cette formulation n’est explicitement pas liée à une reconnaissance d’Israël ni à une renonciation à des revendications palestiniennes plus étendues.
Le Hamas défend donc encore aujourd’hui une revendication territoriale qui correspond géographiquement à la formule allant du Jourdain à la Méditerranée. Cela ne signifie pas que chaque manifestant qui scande « Du fleuve à la mer » partage automatiquement le programme politique du Hamas. Cela signifie toutefois que le slogan ne peut être considéré indépendamment des mouvements politiques qui revendiquent le même espace géographique et rejettent, ce faisant, la souveraineté israélienne.
Un slogan peut être compris différemment par différentes personnes. Sa signification politique dépend toutefois aussi du territoire revendiqué et des mouvements historiques qui ont défendu cette revendication. Entre le Jourdain et la Méditerranée se trouve aujourd’hui également l’État d’Israël, et c’est précisément ce territoire qui est revendiqué par la formule territoriale.
Qu’est-ce qui serait réellement changé sur le plan politique ?
Entre le Jourdain et la Méditerranée coexistent aujourd’hui des ordres politiques et des structures de pouvoir différents. Israël est un État souverain. Le Hamas a pris le contrôle de Gaza par la force en 2007 et a gouverné le territoire pendant de nombreuses années. Depuis le fragile cessez-le-feu conclu en octobre 2025 et les processus de transition qui ont suivi, le contrôle effectif de Gaza est fragmenté. Des parties de la Judée-Samarie sont administrées par l’Autorité palestinienne.
Attribuer l’ensemble de ce territoire à une future Palestine ne revient donc pas simplement à réclamer des droits civiques supplémentaires. Cela implique une réorganisation fondamentale de l’espace, dans laquelle Israël ne subsisterait pas sous sa forme actuelle.
Un État palestinien aux côtés d’Israël serait autre chose. Une fédération ou une confédération serait également autre chose. Une Palestine unique du Jourdain à la Méditerranée soulève en revanche inévitablement la question de la place qui resterait à l’autodétermination nationale juive.
C’est précisément ici que ne suffit pas l’argument selon lequel les Juifs pourraient finalement bénéficier de droits civiques individuels dans un tel État. L’égalité individuelle et l’autodétermination nationale sont deux choses différentes. On expliquerait difficilement aussi aux Palestiniens que leur droit à l’autodétermination est pleinement satisfait tant qu’ils disposent personnellement de droits égaux au sein de n’importe quel autre État-nation.
Pourquoi le peuple juif devrait-il être soumis à un autre critère ?
Le contrôle de la réalité commence par les institutions
Quiconque souhaite remplacer un État démocratique existant par un nouvel ordre devrait au moins pouvoir montrer comment les libertés promises seraient protégées institutionnellement.
En Israël, la Knesset est élue au suffrage général, national, direct, égal, secret et proportionnel. Les citoyens arabes d’Israël disposent du droit de vote, peuvent se présenter aux élections, fonder des partis et exercer des fonctions politiques.
Il ne s’agit pas d’une formule constitutionnelle abstraite. Des députés arabes siègent à la Knesset. En 2021, le parti arabe Ra’am, dirigé par Mansour Abbas, est entré dans l’histoire politique israélienne en participant à la coalition gouvernementale de Naftali Bennett et de Yair Lapid. Le parti arabe indépendant est ainsi devenu pour la première fois une composante officielle d’une coalition gouvernementale israélienne.
Israël n’est donc pas exempt de discriminations, de tensions sociales ou de dérives politiques. Une démocratie ne se caractérise toutefois pas par l’absence de problèmes. La question décisive est de savoir si ses citoyens disposent de moyens politiques et juridiques pour combattre ces problèmes.
Ils peuvent voter, manifester, critiquer les gouvernements, soutenir des partis, saisir les tribunaux et assumer eux-mêmes des responsabilités politiques.

Du côté palestinien, cette continuité démocratique fait défaut
La réalité politique palestinienne actuelle est différente. La dernière élection présidentielle a eu lieu en 2005, et les dernières élections législatives à ce jour en 2006. Après la victoire électorale du Hamas, la lutte pour le pouvoir avec le Fatah s’est intensifiée. En 2007, le Hamas a pris le contrôle de Gaza par la force, tandis que l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah contrôlait des parties de la Judée-Samarie.
Pour le 28 novembre 2026 des élections législatives sont désormais à nouveau prévues. La Commission électorale centrale palestinienne a publié un calendrier officiel à cet effet. Si cette élection se déroulait effectivement librement et régulièrement, elle constituerait une étape importante après deux décennies sans élections législatives.
D’ici là, il faut toutefois retenir ceci : Une élection annoncée ne constitue pas encore un ordre démocratique renouvelé. Des élections nationales étaient déjà prévues en 2021, avant d’être reportées.
Cela ne signifie évidemment pas que les Palestiniens seraient fondamentalement incapables de démocratie. La question décisive est autre : Quelle structure politique existante garantit aujourd’hui les droits libéraux et démocratiques promis pour un futur État couvrant l’ensemble du territoire ?
Le 7 octobre a aggravé la question de l’État
Depuis au plus tard l’attaque menée par le Hamas et les massacres du 7 octobre 2023 , le débat sur le slogan ne peut presque plus être totalement dissocié de la question de quels mouvements politiques revendiquent le même espace territorial et à quels objectifs ils associent cette revendication.
Cela ne signifie pas non plus qu’il faille assimiler chaque manifestant au Hamas. Une telle assimilation serait facile et inutile sur le plan analytique. Cela signifie en revanche très clairement que l’interprétation libérale du slogan n’est pas la seule interprétation existante.
Le Hamas revendique lui-même une Palestine allant du Jourdain à la Méditerranée et ne reconnaît pas Israël comme un État juif légitime. Il ne constitue donc pas un exemple historique abstrait, mais un acteur politique et armé réel qui continue de défendre cette revendication territoriale. Après le 7 octobre, il est donc encore moins convaincant de balayer simplement la dimension politique et territoriale du slogan comme secondaire.
Quiconque présente la formule exclusivement comme une promesse universelle de liberté doit donc aussi se confronter à ceux qui ne comprennent explicitement pas la même revendication géographique comme un modèle libéral à un seul État. Quiconque revendique aujourd’hui les mêmes frontières pour un futur État doit expliquer en quoi sa vision politique se distingue des forces qui y associent la suppression de la souveraineté israélienne.
La belle vision d’un État unique échoue face aux questions concrètes
Un État hypothétique allant du Jourdain à la Méditerranée engloberait des millions de Juifs et des millions d’Arabes. La protection des minorités n’y serait pas une question académique secondaire, mais une question existentielle. La question décisive ne serait pas seulement de savoir quels droits une constitution promet, mais qui protégerait effectivement ces droits en cas de conflit.
Qui garantirait la liberté religieuse et les institutions juives ? Quels tribunaux pourraient arrêter un gouvernement s’il restreignait les droits des minorités ? Quelle place les partis islamistes occuperaient-ils ? Et surtout : Qui contrôlerait la police, les services de renseignement et les forces armées ?
C’est précisément à cet endroit que la vision bienveillante d’un État commun se heurte à la question réelle du pouvoir. Dans un nouvel ordre politique, il faudrait également intégrer, limiter ou désarmer les forces qui rejettent fondamentalement Israël et l’autodétermination nationale juive. L’expérience du pouvoir du Hamas à Gaza montre que le pouvoir armé, le monopole étatique de la violence et le contrôle démocratique ne sont pas des questions théoriques marginales.
Que se passe-t-il lorsqu’un mouvement gagne de l’influence politique tout en disposant de structures armées ? Peut-il les conserver ? Qui ordonne son désarmement et qui le fait appliquer ? De qui relèvent ensuite la police, les services de renseignement et les forces armées ?
Une constitution peut promettre des droits égaux. Mais la question décisive est de savoir qui protège ces droits lorsque des majorités politiques les remettent en cause. Les droits inscrits sur le papier sont de peu d’utilité pour une minorité si des organisations armées restent en dehors d’un contrôle étatique efficace ou si le monopole étatique de la violence devient lui-même un instrument du pouvoir politique.
La question de savoir ce qui se passe lorsque des majorités politiques soutiennent des partis qui ne reconnaissent pas Israël ou rejettent par principe l’autodétermination nationale juive est tout aussi décisive. Qui empêche que les procédures démocratiques soient utilisées pour démanteler ensuite les mécanismes de protection démocratique ? Comment les communautés juives sont-elles protégées lorsque les organes de sécurité de l’État eux-mêmes sont politisés ?
Ce ne sont pas des questions mesquines. Ce sont les questions minimales à poser à tout État auquel des millions de personnes seraient censées confier leur sécurité. Dans le contexte notamment de la division qui dure depuis des décennies entre le Hamas et le Fatah, l’idée qu’un État successeur commun à Israël deviendrait automatiquement libéral, pluraliste et pacifique paraît remarquablement optimiste.

La contradiction fondamentale est déjà devant nous
Selon cette conception, Israël doit être dépassé afin que les Juifs et les Arabes obtiennent les mêmes droits politiques. Pourtant, Israël est aujourd’hui l’État de cette région où les citoyens juifs et arabes participent ensemble aux élections nationales, forment des partis et peuvent exercer des fonctions politiques.
Les Palestiniens vivant en dehors d’Israël ne possèdent évidemment pas les droits civiques israéliens. C’est précisément pourquoi la question non résolue de l’autodétermination palestinienne se pose. De cette revendication légitime ne découle toutefois pas logiquement l’abolition d’Israël.
L’autodétermination palestinienne ne doit pas remplacer l’autodétermination juive. Et l’autodétermination juive ne doit pas exclure par principe l’autodétermination palestinienne.
Il est plus difficile que jamais de déterminer concrètement à quoi pourrait ressembler une solution politique viable après des décennies de terrorisme, de guerres, de négociations échouées et de méfiance réciproque. C’est précisément pourquoi il ne faudrait pas confondre un slogan avec un ordre politique.
La liberté a besoin de plus qu’une promesse
« From the river to the sea » n’explique pas comment le pouvoir est réparti. Le slogan ne crée pas de constitution, ne garantit pas la protection des minorités et ne répond pas à la question de savoir qui contrôle la police et les forces armées. Surtout, il ne répond pas à la question de savoir pourquoi l’autodétermination nationale juive devrait prendre fin pour qu’un nouvel ordre politique palestinien puisse voir le jour.
Quiconque veut réellement la liberté pour les Israéliens et les Palestiniens a besoin d’une solution politique qui permette aux deux peuples de bénéficier de la sécurité, de la dignité et de l’autodétermination. Un futur État palestinien démocratique ne serait pas un problème, mais un progrès. La revendication devient problématique là où sa réalisation suppose que l’État juif disparaisse d’abord.
L’interprétation bienveillante du slogan promet l’égalité des droits. Sa mise en œuvre politique reste jusqu’à présent une dette non soldée. Quiconque veut, pour y parvenir, renoncer à un État existant et à l’autodétermination nationale de tout un peuple porte la charge de la preuve.
ℹ️ Base factuelle et sources primaires de l’article 📑
▶️ Nations unies – Charte nationale palestinienne de 1968 :
La Charte nationale palestinienne
Documente la Charte nationale de l’OLP de 1968, avec la revendication territoriale de l’époque sur la Palestine à l’intérieur des frontières du mandat britannique, le rejet de la partition et la lutte armée comme stratégie de libération.
▶️ Gouvernement israélien – Lettres de reconnaissance mutuelle Israël-OLP de 1993 :
Reconnaissance Israël-OLP : échange de lettres entre le Premier ministre Rabin et le président Arafat
Documente la reconnaissance mutuelle du 9 septembre 1993 et la modification de la position officielle de l’OLP à l’égard d’Israël.
▶️ Knesset :
Lois fondamentales de l’État d’Israël
Fondements du système étatique et électoral israélien.
▶️ Knesset :
Membres de la 25e Knesset
Aperçu des membres du Parlement israélien.
▶️ Institut israélien pour la démocratie :
Ra’am
Contexte sur le parti arabe Ra’am et sa participation à la coalition gouvernementale israélienne à partir de 2021.
▶️ Commission électorale centrale palestinienne :
La CEC annonce le calendrier légal des élections législatives de 2026
Calendrier officiel des élections législatives palestiniennes prévues le 28 novembre 2026.
▶️ Commission électorale centrale palestinienne :
Événements électoraux précédents
Documentation de l’élection présidentielle de 2005, des élections législatives de 2006 ainsi que des élections nationales prévues en 2021 puis reportées.
▶️ PalQuest / Institut d’études palestiniennes :
Nouvelle charte du Hamas – Document des principes et politiques généraux
Documente le document programmatique fondamental du Hamas de 2017, qui revendique la libération complète de la Palestine du Jourdain à la mer Méditerranée, ainsi que l’option d’un État sur les frontières de 1967 formulée parallèlement, sans reconnaissance d’Israël.
▶️ Reuters :
Le plan de Trump pour Gaza dépend du désarmement du Hamas et des retraits israéliens
Rapport actuel sur le cessez-le-feu fragile, les rapports de contrôle toujours non résolus, la question du désarmement et les structures de transition prévues à Gaza.
▶️ Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU :
Conclusions détaillées sur les attaques perpétrées le 7 octobre 2023 et après
Documente l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 ainsi que les attaques, les meurtres et les prises d’otages commis par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens.
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