Le documentaire « NAZA » accuse Israël de meurtres commis par l’IA à Gaza, formulant ainsi de graves reproches contre la conduite de la guerre par Israël. 24 membres anonymes de l’armée et des services de renseignement israéliens décrivent un système dans lequel l’analyse des données et l’intelligence artificielle auraient joué un rôle central dans la sélection de cibles potentielles. Tsahal rejette des représentations centrales. Le véritable différend ne commence toutefois pas par la question de savoir si Israël utilise des techniques modernes de traitement des données, mais par celle de savoir ce que cette technologie décide et ce que les humains continuent de décider.
Le titre du film est déjà porteur d’un message. « NAZA », נז״א en hébreu, est l’abréviation militaire de « nezek agavi », que l’on peut traduire approximativement par dommages collatéraux. Le terme désigne dans le film notamment le nombre estimé de victimes civiles potentielles avant une attaque. De telles estimations ne constituent pas une procédure propre à Israël. Les forces de l’OTAN utilisent elles aussi des procédures d’« estimation des dommages collatéraux », ou CDE, afin d’intégrer les dommages civils prévisibles à l’évaluation militaire et juridique d’une attaque.
This is completely false.
The IDF has never planned, approved, or carried out a strike in Gaza in which 500 civilians or anything near that number were anticipated to be killed. Nor was any credible claim raised throughout the war suggesting that an IDF strike had caused… https://t.co/wFUNt7bYTM
— Israel Defense Forces (@IDF) September 13, 2026
Le fait qu’une armée calcule le nombre potentiel de victimes civiles avant une attaque ne prouve pas une intention de tuer des civils. Le droit international humanitaire exige au contraire de vérifier si les dommages civils prévisibles seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu. La question difficile n’est donc pas de savoir si les dommages collatéraux sont estimés, mais comment cette estimation est établie, quelle importance militaire revêt la cible et quels risques sont finalement acceptés.
Le 11 septembre 2026, Tsahal a réagi officiellement à « NAZA ». L’armée rejette les principales accusations et remet notamment en question la possibilité de vérifier les déclarations anonymes ainsi que les représentations d’une prétendue sélection automatisée des cibles.

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Aus dem SCHLAGSEITE X-Archiv24 voix anonymes et un récit déjà connu
« NAZA » est signé par Yuval Abraham et Rachel Szor et a été présenté en première le 10 septembre à la Mostra de Venise. Le film repose sur des entretiens avec 24 personnes qui, selon les cinéastes, travaillaient dans l’armée israélienne ou dans des unités de renseignement et avaient une connaissance de la préparation d’opérations militaires. Les visages et les voix ont été anonymisés ; leur identité ne peut pas être vérifiée publiquement.
Yuval Abraham n’est toutefois pas seulement le coréalisateur d’un nouveau documentaire. Le 3 avril 2024 déjà, il avait publié dans +972 Magazine, avec Local Call, la grande enquête sur Lavender, qui affirmait, sur la base de six sources anonymes, que l’armée israélienne avait utilisé l’outil de traitement des données Lavender, avec un contrôle humain limité, pour identifier des milliers de cibles potentielles.
« NAZA » poursuit explicitement cette ligne d’enquête. Le Guardian produit le film avec JW Films, Jonathan Glazer en étant le producteur exécutif. Dans sa propre annonce, le Guardian explique lui-même que le film s’appuie sur des enquêtes de +972 Magazine, de Local Call et du Guardian publiées entre 2023 et 2025.
Cela ne réfute pas les accusations. Pour la critique des sources, c’est néanmoins important : le film, les articles précédents et certaines parties de la couverture médiatique qui l’accompagne ne constituent pas trois chaînes de preuves indépendantes les unes des autres. Ils proviennent en partie du même environnement d’enquête et développent la même thèse sous des formats différents. Un nouveau film peut contenir de nouveaux éléments, mais la répétition d’une affirmation dans un autre média n’en fait pas encore une confirmation indépendante.
Le réseau d’Abraham remonte plus loin
La collaboration politique et journalistique d’Abraham avec des activistes et des journalistes palestiniens n’a pas commencé avec « Lavender ». Dès 2019, il a fondé avec le journaliste originaire de Gaza Ahmed Alnaouq le projet « Across the Wall ». L’objectif était de traduire en hébreu des textes de jeunes Palestiniens et de toucher ainsi spécifiquement le public israélien. En 2022, Alnaouq a lui-même décrit le projet comme une tentative de modifier la représentation des Palestiniens dans les médias israéliens.
L’orientation politique n’était pas dissimulée. Dans un article publié par The New Arab, Alnaouq écrivait que « Across the Wall » défendait explicitement une solution à un seul État comme vision politique centrale du projet, et que cette position était partagée par toute l’équipe. Abraham a plus tard décrit Alnaouq comme un ami proche et un collègue dans +972 Magazine et rappelé qu’ils avaient fondé ensemble la page Facebook en hébreu.
Pour l’analyse, il est tout aussi important de distinguer les liens établis des affirmations qui vont au-delà. La rumeur circulant en ligne selon laquelle Ahmed Alnaouq lui-même serait membre du Hamas n’est étayée par aucune preuve dans les sources publiques fiables disponibles. Le Monde a rapporté en 2023 en se référant à une enquête antérieure de sa rédaction, que le frère d’Alnaouq, Ayman, aurait été membre des brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas. Cela ne revient pas à dire qu’Ahmed Alnaouq serait membre du Hamas.
Le contexte journalistique d’Abraham apparaît ainsi plus clairement : « NAZA » n’est pas isolé, mais s’inscrit après des années de projets communs, d’enquêtes et de travail médiatique aux positions politiques clairement affirmées. Cela ne rend pas automatiquement son travail faux. C’est toutefois un élément pertinent de la critique des sources, car l’origine, les réseaux et les thèses déjà défendues influencent la manière dont les nouvelles déclarations devraient être pondérées et vérifiées de façon indépendante.
La pression internationale fait partie de la ligne politique d’Abraham
Le 13 septembre 2026, le compte X de Daniel Hanuka a diffusé un ancien extrait vidéo d’Abraham, en l’encadrant par une accusation de « trahison ». Le message relie directement l’extrait à « NAZA » et affirme qu’Abraham voudrait réduire l’asymétrie de pouvoir entre Israël et les Palestiniens et exercer pour cela une pression internationale sur Israël. Pour l’analyse, il est important de distinguer le cadre polémique du contenu proprement dit : l’extrait ne traite ni des procédures de sélection des cibles militaires, ni de Lavender, ni d’une prétendue autorisation de 500 victimes civiles attendues. Il porte sur la conception politique d’Abraham, qui consiste à utiliser la pression extérieure comme levier pour parvenir à une solution politique.
Cette position peut être établie indépendamment du message viral. Dès décembre 2021, Abraham écrivait dans un article consacré à Sheikh Jarrah et documenté par +972 Magazine, que seule une pression internationale urgente pouvait encore empêcher une expulsion alors imminente. Lors de la première de « NAZA » à Venise, Abraham a également déclaré, selon Reuters, que la justice et la responsabilité concernant les morts civiles à Gaza dépendaient aussi de la volonté politique des États-Unis et de l’Union européenne.
La pression internationale n’est donc pas, chez Abraham, un motif ajouté après coup à « NAZA », mais fait partie d’une ligne politique et journalistique identifiable depuis plus longtemps. Pour l’évaluation du film, cela signifie deux choses : cela explique pourquoi Abraham considère explicitement l’opinion publique internationale comme un levier politique. Mais cela ne prouve ni les accusations militaires du film ni ne les réfute. « NAZA » doit donc être évalué à partir de ses éléments concrets, et non en fonction des applaudissements, de l’indignation ou de l’intention politique de son coréalisateur.
L’affirmation de 500 victimes civiles attendues
L’accusation la plus grave peut désormais être formulée concrètement. Dans un extrait publié de « NAZA », on demande à un interlocuteur anonyme quel est le nombre le plus élevé de victimes civiles attendues dont l’attaque aurait jamais été autorisée. Sa réponse signifie en substance qu’une autorisation aurait un jour été donnée pour 500 victimes.
Tsahal a réagi séparément le 13 septembre, de manière nettement plus concrète que dans sa première déclaration concernant le film. Selon l’armée, aucune attaque à Gaza n’aurait jamais été planifiée, autorisée ou menée alors que 500 civils, ou même un nombre de victimes civiles approximativement comparable, étaient attendus. L’armée a qualifié cette affirmation de fausse et expliqué que les cinéastes ne pouvaient établir de manière indépendante ni la déclaration sous-jacente, ni l’identité, ni la fonction précise de l’interlocuteur interviewé anonymement.
Sur ce point au moins, il existe donc une confrontation clairement vérifiable : d’un côté, la déclaration d’un interlocuteur anonyme ; de l’autre, un démenti explicite de l’institution qui devrait disposer des informations relatives à de telles planifications opérationnelles. Les dossiers opérationnels accessibles au public ou autres éléments indépendants susceptibles de confirmer le chiffre concret de 500 ne sont jusqu’à présent pas disponibles.
IA et sélection des cibles :
Le film présente les systèmes algorithmiques comme le moteur de la sélection des cibles à Gaza. Il est établi publiquement que Tsahal utilise Habsora, Lavender et d’autres outils de traitement des données. Tsahal explique que ces systèmes ne peuvent désigner eux-mêmes une personne ou un objet comme cible d’attaque et que les attaques sont exclusivement autorisées par des humains.
500 victimes civiles attendues :
Un interlocuteur anonyme affirme dans le film qu’un tel chiffre aurait un jour été autorisé. Aucun dossier opérationnel indépendant à ce sujet n’est public. Tsahal affirme explicitement n’avoir jamais planifié, autorisé ou exécuté une attaque en anticipant 500 morts civiles, ou un nombre proche de 500.
Meurtre de masse intentionnel :
L’ampleur des destructions et le nombre élevé de victimes civiles à Gaza ne font aucun doute. Cela ne suffit pas, en droit, à conclure à une intention de tuer des civils ni à constater un génocide. Ces qualifications répondent à leurs propres conditions juridiques, qui ne peuvent être remplacées par une estimation des dommages collatéraux.
Meurtres commis par l’IA à Gaza : ce que Tsahal dit de la technologie
C’est précisément pourquoi la question simpliste « Israël utilise-t-il l’IA dans la guerre ? » ne mène pas très loin. Israël confirme lui-même recourir à un traitement moderne des données. Le développement plus large de la robotique et de l’IA au sein de Tsahal est également documenté publiquement. Dès le 18 juin 2024, Tsahal a publié une présentation détaillée de l’utilisation des technologies de traitement des données dans l’analyse du renseignement. Elle y décrit notamment Habsora et Lavender.
Selon cette présentation, Habsora regroupe différentes informations de renseignement déjà disponibles et signale aux analystes les données susceptibles d’être pertinentes pour leur enquête. Une suggestion du système ne devrait pas suffire à elle seule pour déclarer une cible comme objectif militaire. L’identification doit être effectuée par un analyste humain formé, puis confirmée par un officier du renseignement habilité.
L’armée israélienne décrit Lavender comme une base de données qui organise et relie entre elles les informations disponibles concernant d’éventuels membres d’organisations terroristes. Là encore, l’armée précise expressément que l’inscription d’une personne dans la base de données ne suffit pas à elle seule à l’identifier comme acteur militaire pouvant être attaqué. La décision de lancer une attaque revient en dernier ressort à un commandant opérationnel.
Il s’agit d’une description des procédures publiée et vérifiable. Elle ne prouve pas que chaque soldat et chaque unité ont respecté ces règles à chaque phase de la guerre. Mais elle possède une valeur probante différente de celle d’une affirmation invérifiable concernant ce que les procédures officielles auraient prétendument prévu de manière générale.
Une estimation ne constitue pas encore une violation du droit
L’OTAN mentionne explicitement le « Collateral Damage Estimation », ou CDE, dans sa doctrine commune de ciblage AJP-3.9 comme un élément de la planification militaire des objectifs. Sur le plan juridique, ce n’est pas la simple existence d’une telle estimation qui est déterminante. Selon les règles du droit international humanitaire, les planificateurs militaires doivent vérifier si les dommages civils prévisibles seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu, ainsi que quelles mesures de précaution pourraient être prises.
Le droit international humanitaire ne fixe toutefois pas de plafond mathématique précis. Dix, vingt ou cent victimes civiles attendues ne sont pas automatiquement légales ou illégales du seul fait de leur nombre. Ce qui compte, ce sont l’objectif militaire concret, l’avantage militaire attendu, les alternatives disponibles, les mesures de précaution possibles et les informations dont les décideurs disposaient raisonnablement à ce moment-là.
Le débat sérieux commence durant les premières semaines de la guerre
Cela ne fait pas disparaître les critiques concernant la conduite de la guerre par Israël à cette époque. Une vaste enquête du « New York Times », relayée par Reuters en décembre 2024, est arrivée à la conclusion que l’armée israélienne avait adapté ses règles d’engagement immédiatement après le 7 octobre et autorisé des risques plus élevés pour les civils. L’article décrivait notamment des marges de décision plus importantes pour les attaques et des cas dans lesquels des risques civils élevés auraient été acceptés lors de la lutte contre des membres haut placés du Hamas.
La armée israélienne a répondu de manière détaillée en janvier 2025. Elle a confirmé que les directives opérationnelles avaient été adaptées après l’attaque du Hamas, compte tenu de la situation militaire immédiate, mais a contesté l’idée d’une autorisation générale concernant certains nombres de victimes. Des seuils auraient notamment défini quel échelon de commandement devait autoriser une attaque. Selon l’armée israélienne, une évaluation individuelle de la proportionnalité restait obligatoire pour chaque attaque.
Cette controverse est bien plus sérieuse que le simple constat de l’existence d’une base de données. La question est ici de savoir si les seuils de risques civils acceptés ont été sensiblement modifiés durant la première phase de la guerre, comment ces changements ont fonctionné en pratique et si tous les contrôles prescrits ont effectivement fonctionné sous l’énorme pression temporelle.
Un autre point de la réponse de l’armée israélienne de 2025 est également remarquable. Le « New York Times » avait rapporté les déclarations de trois officiers selon lesquelles, dans certaines autres unités, des personnes auraient été traitées comme des combattants confirmés dès lors qu’elles figuraient dans Lavender. L’armée israélienne a déclaré ne pas avoir connaissance de tels faits. Elle a toutefois ajouté qu’une telle pratique serait contraire à ses propres protocoles.

La guerre n’a pas commencé avec une base de données d’IA
Le point de départ de la guerre doit également être pris en compte. L’affrontement militaire actuel a commencé après le massacre du 7 octobre 2023 dirigé par le Hamas, au cours duquel environ 1 200 personnes ont été tuées en Israël et plus de 250 personnes ont été emmenées comme otages dans la bande de Gaza. Parallèlement, des villes israéliennes ont été massivement bombardées à coups de roquettes.
Ce point de départ ne justifie pas automatiquement chaque décision militaire ultérieure. Mais il explique pourquoi Israël n’a pas mené, à partir du 7 octobre, une opération ordinaire et limitée à Gaza, mais une guerre contre une organisation qui avait auparavant construit pendant des années des infrastructures militaires dans une zone extrêmement densément peuplée.
La proximité parfois étroite entre structures militaires et civiles a été illustrée par un cas concret en juin 2025. Reuters a rapporté le 8 juin la visite d’un complexe de tunnels dégagé par l’armée israélienne sous l’European Hospital de Khan Younis. Un petit groupe de journalistes étrangers a été conduit dans le tunnel. Selon le compte rendu de Reuters, l’accès se trouvait directement sous le service des urgences de l’hôpital. L’armée israélienne a décrit l’installation comme un centre de commandement du Hamas et a déclaré qu’on y avait notamment trouvé des armes, des munitions, de l’argent liquide et des documents. Les corps de Mohammed Sinwar et du haut commandant du Hamas Mohammad Shabana y auraient également été découverts.
Reuters souligne en même temps qu’au cours de la guerre, Israël a accusé à plusieurs reprises des hôpitaux ou d’autres installations civiles d’être utilisés militairement par le Hamas, que le Hamas a régulièrement rejeté ces accusations et que toutes les affirmations israéliennes n’ont pas pu être confirmées indépendamment. Le tunnel situé sous l’European Hospital ne constitue toutefois pas une accusation abstraite : des journalistes étrangers ont eux-mêmes visité l’installation dégagée.
Pour l’évaluation de la proportionnalité, un tel environnement modifie considérablement la situation opérationnelle. Une cible militaire ne perd pas automatiquement son statut du seul fait qu’elle se trouve à l’intérieur ou sous une infrastructure civile. Dans le même temps, Israël reste tenu d’éviter ou de réduire autant que possible les dommages civils et de renoncer à une attaque si les dommages civils attendus étaient excessifs par rapport à l’avantage militaire attendu.
24 sources anonymes constituent un matériau, pas un label de qualité
L’identité des personnes interrogées dans « NAZA » est protégée. Cela peut être nécessaire pour un travail d’investigation. Mais, pour évaluer leurs déclarations, cela crée un problème inévitable : les personnes extérieures ne peuvent vérifier elles-mêmes ni le grade ni la fonction précise, la période d’engagement, la connaissance directe ou l’accès aux niveaux de décision décrits.
L’armée israélienne s’attaque précisément à ce point. Selon sa prise de position du 11 septembre, certaines déclarations concerneraient la stratégie nationale ou militaire, alors que, de l’avis de l’armée, les fonctions décrites des personnes interrogées ne leur auraient pas permis d’avoir un tel aperçu. D’autres déclarations décriraient des événements auxquels des membres du renseignement militaire n’auraient pas participé dans la fonction alléguée.
De telles objections ne réfutent pas automatiquement des sources anonymes. Mais elles empêchent de traiter leurs déclarations comme des faits confirmés indépendamment du seul fait de leur nombre. Ce qui compte, c’est de savoir si des documents, des procédures connues, des données opérationnelles concrètes ou d’autres sources indépendantes les unes des autres étayent la même accusation.
Le droit international n’est pas une question d’humeur
Le débat sur les mises à mort par IA devient particulièrement problématique à Gaza lorsque les notions militaires et juridiques sont confondues. Les dommages collatéraux attendus signifient d’abord que, lors d’une attaque contre une cible militaire, des dommages involontaires pour les civils sont prévus. L’existence de cette valeur ne prouve pas encore une mise à mort intentionnelle.
Inversement, qualifier un dommage de « collatéral » ne rend pas automatiquement une attaque légale. Une attaque peut violer le droit international humanitaire si la cible n’était pas militaire, si les dommages civils attendus étaient excessifs, si les mesures de précaution disponibles n’ont pas été prises ou si d’autres règles de protection ont été enfreintes. Ces questions doivent être examinées à partir de l’attaque concrète.
Il en va de même pour le terme génocide. Un nombre élevé de victimes, des destructions massives et de graves souffrances humaines ne sont pas, à eux seuls, identiques à la preuve juridique spécifique d’une intention génocidaire. Quiconque emploie ce terme doit accepter que son affirmation soit évaluée au regard de ses conditions juridiques. Une estimation des dommages collatéraux ne remplace cette preuve ni dans un sens ni dans l’autre.
La question plus difficile commence après l’algorithme
Malgré toutes les critiques concernant la dramatisation du film, une question sérieuse demeure. Un système informatique n’a pas besoin de déclencher lui-même une attaque pour influencer considérablement les décisions humaines. Lorsque les analystes ne peuvent pas examiner manuellement de grandes quantités de données et que des systèmes techniques trient, pondèrent et relient les informations, leur architecture influence inévitablement ce qu’un humain voit en premier et ce sur quoi il porte son attention.
C’est précisément pourquoi il faut distinguer plusieurs étapes : collecte de données, regroupement d’informations existantes, priorisation d’indices potentiels, identification humaine d’une cible militaire, évaluation de la proportionnalité et, enfin, décision concernant l’attaque. Résumer toutes ces étapes sous l’étiquette « l’IA choisit les cibles », c’est transformer un processus complexe en titre accrocheur, mais pas encore en description précise.
Selon les règles de l’armée israélienne accessibles au public, plusieurs décisions humaines interviennent entre les outils techniques et une attaque. Une règle ne peut à elle seule prouver que ces contrôles ont été respectés dans chaque unité et à tout moment. Mais pour affirmer l’existence d’un processus de mise à mort systématiquement automatisé, il faut également davantage que des déclarations anonymes et la répétition d’accusations déjà connues.

Venise peut récompenser des films, pas examiner des dossiers opérationnels
« NAZA » a reçu le 12 septembre le prix spécial du jury lors de la Mostra de Venise et a été accueilli par de longues ovations debout du public. Le film possède ainsi d’ores et déjà une influence politique et médiatique considérable.
Cela ne dit pas grand-chose sur la force probante de ses affirmations militaires. Un jury de festival évalue un travail cinématographique et artistique. Il n’examine ni dossiers opérationnels secrets, ni tableaux de service, ni dossiers de ciblage, ni chaînes de commandement. Les applaudissements d’un festival peuvent montrer la force d’un récit. Ils ne peuvent pas déterminer si une attaque concrète assortie de 500 victimes civiles attendues a un jour été autorisée.
Inversement, une déclaration de l’armée israélienne ne suffit pas non plus à écarter automatiquement toute critique. Lorsque des accusations concrètes concernant certaines opérations sont étayées par des documents solides, elles doivent être examinées. L’armée elle-même affirme que les violations présumées du droit doivent être signalées et qu’elles seraient examinées par ses mécanismes d’enquête et de poursuites.
Le différend autour de « NAZA » ne commence pas par l’existence de technologies israéliennes de traitement des données. Celle-ci est documentée. La question décisive est de savoir quelles décisions ces systèmes préparent, quelles personnes ils soumettent à vérification, quels seuils s’appliquaient dans la première phase de la guerre et si les contrôles prescrits ont été respectés dans le cadre concret de leur utilisation. C’est précisément pour cela qu’il faut des preuves, et pas seulement un film impressionnant.
« NAZA » soulève de graves questions sur la conduite de la guerre par Israël. Mais le film n’y répond pas du seul fait que 24 voix anonymes décrivent la même orientation générale. L’affirmation selon laquelle 500 victimes civiles étaient attendues exige en particulier davantage qu’une déclaration invérifiable, après que l’IDF l’a explicitement et concrètement démentie. Quiconque veut examiner les accusations de meurtres par IA à Gaza devrait donc se pencher sur le véritable cœur du débat : les règles, leurs modifications après le 7 octobre, le contrôle humain et les décisions concrètes qui ont précédé certaines attaques. Tout le reste produit surtout un effet. Venise est pour cela un excellent endroit ; ce n’est pas une vérification des faits.
ℹ️ Base factuelle et sources primaires de l’article 📑
▶️ Forces de défense israéliennes :
La réponse du porte-parole de l’IDF à la suite de la publication du film « NAZA »
Déclaration officielle du 11 septembre 2026 concernant les sources anonymes, les accusations liées à l’IA, les affirmations juridiques et l’autorisation humaine des attaques.
▶️ Forces de défense israéliennes :
L’utilisation par l’IDF des technologies de traitement des données dans le renseignement
Présentation détaillée du 18 juin 2024 concernant Habsora, Lavender, l’identification humaine des cibles, l’estimation des dommages collatéraux et l’autorisation militaire des attaques.
▶️ Forces de défense israéliennes :
Méthodes de ciblage de l’IDF durant les premières semaines de la guerre entre le Hamas et Israël
Déclaration du 26 janvier 2025 concernant la modification des règles après le 7 octobre, les seuils de risque pour les civils, Lavender et d’éventuelles violations des protocoles internes.
▶️ +972 Magazine / Local Call :
« Lavender » : la machine d’IA qui dirige la campagne de bombardements d’Israël à Gaza
Enquête originale de Yuval Abraham publiée le 3 avril 2024, sur les thèmes et dans l’environnement des sources de laquelle « NAZA » s’appuie explicitement.
▶️ The Guardian :
NAZA – un nouveau film réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, produit par The Guardian
Annonce de la production contenant des informations sur la production de The Guardian, le producteur exécutif Jonathan Glazer et le lien avec les enquêtes antérieures de +972, Local Call et The Guardian.
▶️ Daniel Hanuka / X :
Publication du 13 septembre 2026 accompagnée d’un ancien extrait vidéo de Yuval Abraham
Exemple de l’encadrement politique actuel de l’extrait après le prix de Venise. Le texte d’accompagnement qualifie Abraham de « traître » et associe sa demande de pression internationale à « NAZA ».
▶️ +972 Magazine :
Israël s’apprête à expulser une famille de Sheikh Jarrah au cours de la nouvelle année
Article de Yuval Abraham et Oren Ziv datant de 2021. Il y est documentée une déclaration faite à l’époque par Abraham, dans laquelle il demande explicitement une pression internationale urgente.
▶️ The New Arab :
De l’autre côté du mur : le rôle des récits palestiniens en hébreu
Article d’Ahmed Alnaouq datant de 2022 sur la fondation commune de « Across the Wall », l’orientation du projet et la solution à un seul État défendue explicitement.
▶️ +972 Magazine :
« Une usine d’assassinats de masse » : au cœur des bombardements calculés d’Israël à Gaza
Yuval Abraham y qualifie Ahmed Alnaouq d’ami proche et de collègue, et renvoie à la création commune de la page Facebook en hébreu « Across the Wall ».
▶️ Le Monde :
Le journaliste palestinien basé à Londres Ahmed Alnaouq a perdu plus de 21 membres de sa famille à Gaza
Portrait d’Ahmed Alnaouq. Le Monde le décrit comme journaliste et rapporte que son frère Ayman aurait été membre des brigades Izz al-Din al-Qassam après une enquête antérieure.
▶️ Ministère britannique de la Défense / OTAN :
Doctrine interarmées alliée pour le ciblage (AJP-3.9)
Doctrine publique de l’OTAN consacrée à la planification interarmées des cibles. La publication mentionne explicitement la « Collateral Damage Estimation » comme un élément de la doctrine de ciblage.
▶️ Comité international de la Croix-Rouge :
Foire aux questions : le DIH et l’escalade du conflit au Moyen-Orient
Explication des règles relatives à la distinction, à la proportionnalité, aux dommages civils attendus et aux précautions à prendre lors des attaques.
▶️ Reuters :
L’armée israélienne a assoupli les règles d’engagement au début de la guerre à Gaza, rapporte le New York Times
Résumé de l’enquête du New York Times sur la modification des règles d’engagement et l’augmentation des seuils de risque pour les civils durant la première phase de la guerre.
▶️ Reuters :
Israël révèle un tunnel sous un hôpital de Gaza et affirme que le corps du frère de Sinwar y a été retrouvé
Article du 8 juin 2025 sur la visite, par des journalistes étrangers, d’un complexe de tunnels situé sous l’European Hospital à Khan Younis, ainsi que sur les éléments qui y ont été documentés par l’IDF.
▶️ Reuters :
Des lanceurs d’alerte israéliens détaillent le bilan civil à Gaza dans un film présenté à Venise
Article consacré à la première, aux 24 personnes interrogées anonymement, aux principales accusations du film et à la déclaration d’Abraham selon laquelle la responsabilité dépendrait aussi de la volonté politique des États-Unis et de l’UE.
▶️ The Times of Israel :
L’IDF dément l’affirmation d’un nouveau documentaire « NAZA » selon laquelle elle aurait planifié une frappe à Gaza en anticipant 500 morts civils
Documentation du démenti concret ultérieur de l’IDF concernant l’affirmation selon laquelle 500 morts civils étaient attendus.
▶️ Reuters :
Liste des lauréats du Festival du film de Venise 2026
Documentation de l’attribution à « NAZA » du prix spécial du jury le 12 septembre 2026.
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