Le néo-ottomanisme d’Erdoğan est depuis longtemps bien plus qu’une simple rhétorique. Ankara étend ses capacités militaires, met en place de nouvelles structures d’alliance et s’immisce dans des espaces politiques qui revêtent une importance sécuritaire directe pour Israël. Dans le même temps, la direction turque entretient des relations étroites avec le Hamas et accentue depuis des années sa confrontation avec Jérusalem. Derrière les ambitions de pouvoir d’Erdoğan se trouvent aujourd’hui des instruments politiques, militaires, économiques et idéologiques bien réels.
Le nouveau pacte de défense entre la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan rend cette évolution particulièrement visible. Ankara ne veut pas être un acteur quelconque au Moyen-Orient. Erdoğan s’emploie à faire de la Turquie une puissance régionale dominante.
Pour Israël, il ne s’agit pas d’une question théorique. Alors que l’Iran a été affaibli et que d’anciennes structures de pouvoir se sont effondrées en Syrie et dans la région, la Turquie tente d’occuper politiquement et sur le plan de la sécurité les espaces ainsi créés. Jérusalem a donc tout intérêt à constituer de son côté un réseau solide de partenariats stratégiques, d’accords de défense et de coopérations sécuritaires approfondies de manière ciblée .

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Aus dem SCHLAGSEITE X-ArchivUn pacte de défense modifie l’équilibre régional des pouvoirs
Le 7 août 2026 , la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé à La Mecque le prétendu Mecca Joint Defence Agreement. L’accord contient un élément central remarquable : une attaque armée contre l’un des trois États doit être considérée comme une attaque contre tous.
Le gouvernement turc a en outre annoncé des mécanismes de coordination politique et militaire au plus haut niveau, des exercices conjoints sur terre, en mer et dans les airs, ainsi qu’une coopération approfondie entre les industries de défense. Les systèmes sans pilote, la guerre électronique et l’intelligence artificielle doivent également être inclus. Selon la présentation turque, le pacte est ouvert à d’autres États, Ankara ayant déjà cité l’Égypte comme candidate possible.
Officiellement, l’accord ne vise aucun État en particulier. Son contexte immédiat réside surtout dans la menace régionale accrue posée par l’Iran et ses alliés. Sa portée stratégique va néanmoins plus loin : Erdoğan obtient un cadre institutionnel qui relie plus étroitement la Turquie à deux poids lourds du monde islamique et confère à Ankara un poids politique et militaire supplémentaire.
La dimension pakistanaise ne doit toutefois pas être sous-estimée. Le Pakistan est une puissance nucléaire. Cela ne signifie expressément pas qu’Islamabad aurait automatiquement promis à la Turquie ou à l’Arabie saoudite un parapluie nucléaire. Une telle obligation n’est pas établie par l’accord trilatéral. Mais un cadre de défense commun qui relie la Turquie, État membre de l’OTAN, l’Arabie saoudite, État du Golfe important sur les plans géopolitique et énergétique, et le Pakistan, doté de l’arme nucléaire, modifie le calcul stratégique de la région, même sans spéculer sur les armes nucléaires.
À cela s’ajoute l’essor de l’industrie turque de l’armement. Selon une analyse de Reuters datant de juin 2026 , les exportations turques de défense ont plus que triplé depuis 2021 et ont atteint environ dix milliards de dollars en 2025. La Turquie dispose en outre de la deuxième force armée de l’OTAN.
Erdoğan crée les conditions permettant à Ankara de devenir de plus en plus incontournable dans les questions régionales.
Le Hamas fait partie du jeu de pouvoir régional d’Erdoğan
Qui veut comprendre la politique d’Erdoğan à l’égard d’Israël ne peut faire l’impasse sur ses relations avec le Hamas. Dès octobre 2023, il a déclaré publiquement que le Hamas était non pas une organisation terroriste, mais un mouvement de libération. Ankara n’a pas renoncé à cette position.
Les contacts restent visibles sur le plan institutionnel. Le 29 juillet 2026 encore, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a rencontré à Ankara une délégation du Hamas dirigée par Halil al-Hayya, le chef de son bureau politique. Le ministère turc des Affaires étrangères a lui-même publié la rencontre.
Plus lourdes encore sont les informations concernant des structures du Hamas sur le sol turc. Le Trésor américain a sanctionné en novembre 2024 plusieurs responsables du Hamas qui, selon les autorités américaines, résidaient en Turquie. Parmi eux figurait un haut responsable du Hamas qui, selon l’autorité américaine, acheminait depuis la Turquie des fonds destinés à l’organisation vers Gaza et la Judée-Samarie, ainsi qu’un autre acteur financier du Hamas résidant en Turquie.
Les éléments accessibles au public montrent que la direction turque entretient des contacts politiques étroits avec le Hamas et que des structures financières du Hamas sur le sol turc ont été documentées par les autorités américaines. Ils ne prouvent pas automatiquement que l’État turc lui-même organise ces flux financiers. Mais ils montrent très clairement une chose : Ankara ne traite pas le Hamas comme un adversaire terroriste mis au ban.
Erdoğan soutient politiquement le Hamas, donne à sa direction un accès diplomatique et refuse obstinément de traiter l’organisation comme ce qu’elle est pour Israël, les États-Unis et l’Union européenne : une organisation terroriste. Dans le même temps, selon les informations américaines, d’importants responsables du Hamas ont pu agir depuis la Turquie.
Cette attitude ne doit pas être considérée isolément du reste de la politique d’Erdoğan envers Israël. En juillet 2024, il a déclaré publiquement que la Turquie pourrait intervenir en Israël, comme elle l’avait auparavant fait en Libye et dans le conflit du Haut-Karabakh. En juin 2026, il est allé encore plus loin et a déclaré, selon Reuters, que les opérations israéliennes en Syrie et au Liban avaient atteint une ampleur qui menaçait également la sécurité de la Turquie.
Ce n’est pas une simple maladresse diplomatique occasionnelle. Erdoğan rehausse politiquement le Hamas, décrit à plusieurs reprises Israël comme un problème de sécurité régional et associe cette rhétorique à une ambition de puissance turque croissante.
Pour Israël, cela concerne une organisation qui, le 7 octobre 2023, a perpétré le pire massacre de Juifs depuis la Shoah . Lorsque le président d’un grand État membre de l’OTAN défend politiquement cette organisation terroriste et que sa direction continue d’avoir accès aux plus hautes instances gouvernementales turques, il s’agit d’un facteur de sécurité et non d’un simple désaccord d’opinion.

La Syrie rapproche la puissance turque de l’espace sécuritaire d’Israël
Le conflit d’intérêts apparaît particulièrement clairement en Syrie. Après l’effondrement du régime Assad, Ankara a acquis une influence considérable sur le nouvel ordre syrien. La Turquie avait déjà soutenu pendant des années certaines parties de l’opposition syrienne et dispose dans le nord du pays de moyens d’influence militaires, politiques et économiques.
Au printemps 2025, Reuters a rapporté que des équipes turques avaient notamment examiné les bases aériennes T4 et Palmyre ainsi que l’aéroport de Hama afin de déterminer si des forces turques pourraient y être stationnées dans le cadre d’un éventuel accord de défense turco-syrien. Israël a attaqué plusieurs de ces installations et gravement endommagé leurs infrastructures militaires.
Le ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque, Gideon Sa’ar, a accusé Ankara de chercher à mettre en place en Syrie un « protectorat turc » . La Turquie a en revanche déclaré ne pas chercher la confrontation avec Israël.
Pour Jérusalem, il ne s’agit pas de subtilités sémantiques. Une présence militaire turque permanente sur des aérodromes syriens pourrait considérablement compliquer la liberté d’action opérationnelle d’Israël dans le Nord. Une défense aérienne turque, des avions turcs ou des troupes stationnées en permanence créeraient une situation stratégique totalement différente de celle d’un État syrien faible et dépourvu de protecteur puissant.
Israël doit pouvoir protéger sa frontière nord et sa capacité d’action contre les transferts d’armes, les milices hostiles et les infrastructures militaires en Syrie. Plus Ankara façonne les structures de sécurité syriennes, plus les intérêts turcs et israéliens s’y rencontrent directement.
L’affirmation d’Erdoğan selon laquelle Israël menacerait désormais la Turquie elle-même accentue encore cette opposition. De telles déclarations ne viennent pas d’un militant en marge d’une manifestation, mais du président d’un État membre de l’OTAN doté d’une grande armée et d’une portée régionale croissante.
La contradiction de l’OTAN : Ankara profite de l’alliance tout en bloquant la coopération avec Israël
C’est précisément ici qu’apparaît une contradiction qui reçoit étonnamment peu d’attention dans le débat européen. La Turquie est membre à part entière de l’OTAN et bénéficie donc de la protection de la défense collective de l’alliance. Lors du sommet de l’OTAN à Ankara en juillet 2026, les États membres ont de nouveau réaffirmé explicitement l’article 5 : une attaque contre un allié est considérée comme une attaque contre tous.
La Turquie ne profite pas de cette solidarité uniquement sur le papier. Depuis la mi-juin 2026, la Bundeswehr soutient, avec environ 150 soldats et un système de défense antiaérienne Patriot , la défense aérienne intégrée de l’OTAN à Malatya, en Turquie. L’unité allemande y a remplacé des forces américaines. L’Allemagne protège ainsi très concrètement l’espace aérien d’un allié, dont le gouvernement mène parallèlement une politique de plus en plus conflictuelle à l’égard d’Israël.
De l’autre côté, Ankara a utilisé sa position au sein de l’alliance pour entraver la coopération entre l’OTAN et Israël. Reuters a rapporté en 2024 que la Turquie bloquait depuis le 7 octobre différentes formes de coopération de l’OTAN avec Israël. Erdoğan a lui-même déclaré qu’Ankara n’accepterait pas une telle coopération tant qu’une solution durable à la question palestinienne n’aurait pas été atteinte, selon lui.
Ankara bénéficie donc des garanties de sécurité et des structures militaires de l’alliance occidentale, tout en utilisant son influence politique au sein de cette alliance contre un rapprochement de la coopération avec Israël. Israël, quant à lui, n’est pas membre de l’OTAN et ne dispose d’aucune garantie comparable d’assistance.
Pour Jérusalem, cela complique la situation. Plusieurs des principaux partenaires d’Israël, au premier rang desquels les États-Unis et plusieurs États européens, sont également liés à la Turquie par traité. Erdoğan ne peut donc pas être traité comme le dirigeant d’un État adverse isolé. Il se trouve au sein d’une alliance centrale pour la sécurité de l’Europe et de l’Amérique du Nord.
Le néo-ottomanisme d’Erdoğan signifie l’influence, non le retour aux anciennes frontières
Le terme néo-ottomanisme est rapidement mal compris. Nul besoin d’affirmer qu’Erdoğan projette de rétablir l’Empire ottoman avec des frontières identiques et un sultan sur le trône. Ce serait une caricature et cela détournerait l’attention du véritable problème.
La question déterminante est plutôt de savoir si Ankara tente, dans des territoires qui ont été sous influence ottomane pendant des siècles, de jouer à nouveau un rôle politique, militaire, économique, culturel et religieux de premier plan.
La réponse devient de plus en plus claire. De la Syrie à la Libye et à la Méditerranée orientale, jusqu’à la Corne de l’Afrique et à la région du Golfe, la Turquie étend ses possibilités d’action. À cela s’ajoutent un secteur de l’armement qui a fortement progressé, une attitude assurée au sein de l’OTAN, de nouvelles structures de défense et la prétention d’Erdoğan à être une voix de premier plan du monde islamique sur la question palestinienne et le statut de Jérusalem.
La politique de puissance fonctionne aussi sans chars
La stratégie d’influence d’Erdoğan ne se limite pas aux bases militaires, aux drones et aux accords de défense. La Turquie investit massivement dans le soft power depuis des années. Une agence joue un rôle important : la TİKA, l’agence publique de coopération au développement, qui est active, selon ses propres informations, dans plus de 170 pays et a mis en œuvre jusqu’à présent plus de 30 000 projets et activités.
Cela comprend les infrastructures, l’éducation, les soins de santé, l’administration, les médias, la coopération culturelle et la restauration de sites historiques. La TİKA décrit elle-même la préservation de valeurs historiques et culturelles communes, en particulier dans les Balkans, en Asie centrale et en Afrique du Nord, comme faisant partie de son travail. L’aide au développement et la politique culturelle deviennent ainsi simultanément des instruments d’une présence turque à long terme.
À cela s’ajoute le volet religieux. La Türkiye Diyanet Foundation liée à l’autorité religieuse de l’État, propose des programmes internationaux de formation pour des élèves et des étudiants en théologie issus de nombreux États et communautés musulmans. Selon ses propres informations, la fondation fournit en outre une aide humanitaire dans 149 pays.
L’effet de politique étrangère de telles structures est évident : Ankara établit des contacts durables avec des élites, des représentants religieux, des institutions et des sociétés. La puissance militaire crée une marge de manœuvre, tandis que les réseaux culturels, économiques et religieux peuvent ancrer durablement l’influence turque.
Précisément à l’égard de Jérusalem et de la question palestinienne, Erdoğan associe cette influence à sa prétention à exercer un rôle de premier plan dans le monde islamique. La politique de puissance néo-ottomane ne se résume donc pas aux soldats et aux navires de guerre. Elle s’appuie aussi sur la religion, l’histoire, la politique de développement et les liens culturels.
Pour évaluer Erdoğan de manière critique, il n’est pas nécessaire de spéculer sur un prétendu plan secret de conquête turc. Les évolutions avérées sont suffisamment claires. Erdoğan dispose du pouvoir d’État, d’un poids militaire, de réseaux religieux et culturels ainsi que d’une portée croissante en matière de politique étrangère. Son gouvernement entretient des contacts avec le Hamas et cherche à exercer une influence dans des États et des régions directement pertinents pour la sécurité d’Israël. Ce n’est pas un jeu de rôle historique. C’est une politique de puissance moderne.
Méditerranée orientale : il est aussi question d’énergie et d’espaces maritimes
La prétention de la Turquie à exercer sa puissance devient particulièrement tangible en Méditerranée orientale. La Grèce, Chypre et la Turquie se disputent depuis des années les frontières maritimes, le plateau continental, les zones économiques exclusives et l’exploitation des ressources énergétiques. Ankara place à cet égard sa prétendue doctrine de la « patrie bleue » et ses revendications maritimes étendues au centre de sa politique de sécurité et de politique étrangère.
Par le passé, la Turquie a également mené des activités d’exploration et de forage controversées dans des eaux que Chypre ou la Grèce considèrent comme relevant de leur propre compétence maritime. La précision chronologique est importante ici : selon le rapport de la Commission européenne sur la Turquie, Ankara n’a mené aucune activité de forage illégale en Méditerranée orientale depuis le début de 2021. Le conflit concernant les revendications sous-jacentes n’a toutefois nullement disparu.
En juin 2025, la Grèce a de nouveau protesté contre un plan turc d’aménagement de l’espace maritime qui, selon Athènes, revendique des zones relevant de la compétence grecque. Ankara, de son côté, considère de nombreuses revendications grecques et chypriotes comme excessives. Le différend se joue donc aujourd’hui moins entre navires de forage qu’entre cartes concurrentes, positions juridiques, présence militaire et planification à long terme de l’espace.
Pour Israël, ce conflit revêt en outre une dimension de politique énergétique. D’importants gisements de gaz naturel se trouvent au large d’Israël et de Chypre. Israël, la Grèce et Chypre travaillent depuis des années à des liaisons énergétiques et infrastructurelles entre le Moyen-Orient et l’Europe. Lors du sommet trilatéral de décembre 2025, ils ont notamment réaffirmé des projets de liaisons électriques, d’infrastructures énergétiques ainsi que de corridors de transport et de données entre l’Asie et l’Europe.
Le partenariat d’Israël avec la Grèce et Chypre n’est donc pas simplement une réaction à Erdoğan. Il associe des intérêts sécuritaires à l’énergie, au commerce, aux infrastructures et au contrôle stratégique de liaisons importantes en Méditerranée orientale. C’est précisément ce mélange qui rend cet axe particulièrement précieux pour Jérusalem.

Pourquoi cela concerne aussi l’Allemagne et l’Europe
La politique de puissance d’Erdoğan n’est pas une affaire lointaine qui ne concernerait qu’Israël et le Moyen-Orient. La Grèce et Chypre sont des États membres de l’Union européenne. Les différends concernant les espaces maritimes, les infrastructures énergétiques et les revendications de puissance turques en Méditerranée orientale touchent donc directement les intérêts européens.
À cela s’ajoute la dépendance de l’Europe à l’égard de voies énergétiques et commerciales sûres. Les liaisons entre Israël, Chypre, la Grèce et le marché européen peuvent contribuer à long terme à diversifier l’approvisionnement énergétique et les infrastructures. Celui qui gagne de l’influence en Méditerranée orientale gagne ainsi aussi de l’influence sur des espaces pertinents pour la politique énergétique, commerciale et sécuritaire de l’Europe.
Pour l’Allemagne, la contradiction devient particulièrement concrète. La Bundeswehr protège actuellement, dans le cadre de l’OTAN et au moyen de systèmes Patriot, le territoire allié turc. Parallèlement, Ankara a bloqué la coopération de l’OTAN avec Israël et entretient des contacts politiques étroits avec le Hamas. Berlin n’est donc pas confronté à un différend lointain de politique étrangère, mais à des tensions entre deux partenaires importants qui touchent directement les intérêts allemands en matière de sécurité.
Le soft power turc ne s’arrête pas non plus aux frontières du Moyen-Orient. Les réseaux religieux, culturels, économiques et sociaux s’étendent largement en Europe. Celui qui veut comprendre la prétention de la Turquie à exercer une puissance régionale ne devrait donc pas seulement regarder la Syrie, Gaza ou la Méditerranée. La stratégie d’influence turque possède depuis longtemps une dimension européenne.
Israël ne reste pas spectateur
Le mouvement inverse décisif est le suivant : Israël ne réagit pas passivement à l’ordre bouleversé. Jérusalem ne construit pas une alliance rigide sur le modèle de l’OTAN . Au lieu de cela, Israël développe différentes formes de coopération stratégique, selon le partenaire et la convergence des intérêts.
Grèce et Chypre : sécurité, énergie et Méditerranée
La coopération avec la Grèce et Chypre est particulièrement importante. Lors du sommet trilatéral de décembre 2025, les trois États ont expressément convenu de continuer à développer leur coopération dans les domaines de la sécurité, de la défense et des questions militaires .
Ils ont simultanément décidé de continuer à faire progresser les liaisons énergétiques et infrastructurelles . Cela comprend tant la liaison électrique prévue entre les réseaux que le rôle de la région en tant que corridor entre l’Inde, le Moyen-Orient et l’Europe.
Sur le plan géopolitique, cela n’a guère rien d’un hasard. La Grèce et Chypre ont leurs propres conflits sérieux avec Ankara, tandis qu’Israël est de plus en plus confronté à l’influence turque en Syrie et en Méditerranée orientale. Il ne s’agit pas ici de l’affrontement d’amitiés romantiques, mais de intérêts communs à long terme. C’est précisément pour cette raison que ce partenariat peut être solide.
Inde : un partenariat stratégique au poids mondial
Les relations avec l’Inde ont elles aussi continué à s’approfondir au cours des derniers mois. En novembre 2025, des groupes de travail de haut niveau des deux ministères de la Défense se sont réunis. En février 2026 a suivi un nouvel accord visant à renforcer la coopération entre les industries de défense.
Le ministère israélien de la Défense a expressément déclaré à cette occasion que sa stratégie visait à approfondir les partenariats stratégiques avec des États importants.
L’Inde est d’une autre dimension qu’un petit État régional. Pour Israël, une relation plus étroite avec New Delhi signifie l’accès à une grande puissance émergente disposant d’un poids politique, économique et technologique considérable.
Somaliland : un nouveau partenariat sur la mer Rouge
La relation avec le Somaliland est particulièrement récente. Israël a reconnu le Somaliland comme État indépendant le 26 décembre 2025. En juin 2026 a eu lieu la première visite d’État du président du Somaliland en Israël.
Le président Isaac Herzog a alors expressément souligné les intérêts stratégiques communs. Israël et le Somaliland seraient tous deux confrontés à l’extrémisme radical, aspireraient à la sécurité et à la stabilité et partageraient un intérêt commun pour la liberté de navigation.
La géographie rend ce partenariat particulièrement intéressant. Le Somaliland se trouve sur le golfe d’Aden, face au Yémen, et donc à proximité immédiate de l’une des principales voies maritimes entre l’océan Indien et la mer Rouge.
Il ne s’agit pas encore d’une alliance militaire. Les informations faisant état d’une base militaire israélienne prévue ont été démenties par le Somaliland. Il se crée néanmoins ici une nouvelle relation stratégique dans un espace qui revêt une importance considérable pour la sécurité d’Israël, la menace houthie et le transport maritime international .
Azerbaïdjan : pas une nouvelle alliance, mais un pilier important
L’Azerbaïdjan s’inscrit lui aussi dans ce tableau, avec toutefois une réserve importante : le partenariat n’est pas nouveau. Israël et l’Azerbaïdjan coopèrent déjà étroitement depuis des années.
L’ambassade d’Israël à Bakou qualifie expressément les relations de partenariat stratégique, qui couvre notamment les questions politiques, économiques, énergétiques ainsi que celles de sécurité et de défense.
La situation de l’Azerbaïdjan à proximité immédiate de la frontière iranienne confère à ce partenariat une importance stratégique supplémentaire. Bakou montre en même temps que le réseau de sécurité actuel d’Israël ne se construit pas depuis hier, mais peut s’appuyer sur des relations anciennes et solides.

Des partenariats plutôt qu’une dépendance stratégique
Au-dessus de ces relations nouvelles et approfondies demeurent toujours deux piliers plus anciens: le partenariat stratégique avec les États-Unis et les relations créées avec plusieurs États arabes par les accords d’Abraham .
Les Émirats arabes unis et Bahreïn ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020, le Maroc leur a emboîté le pas la même année. Ces relations ont durablement transformé l’architecture régionale, même si la guerre depuis le 7 octobre a créé d’importantes tensions politiques.
L’Arabie saoudite ne fait toujours expressément pas partie des accords d’Abraham. Une normalisation avec Israël a été négociée pendant des années et reste d’une importance stratégique, mais n’a toujours pas été concrétisée. En mai 2026 encore, Washington a de nouveau pressé l’Arabie saoudite et d’autres États d’adhérer aux accords d’Abraham. Parallèlement, Riyad met désormais en place une nouvelle structure de défense avec Ankara et Islamabad.
Cela montre à quel point le Moyen-Orient actuel se divise encore peu en blocs clairement définis. Un État peut coopérer avec Washington, poursuivre des intérêts économiques avec Israël, développer ses relations avec la Turquie et maintenir en même temps des contacts ouverts avec l’Iran. L’Arabie saoudite en est un exemple particulièrement clair.
C’est précisément pour cette raison qu’Israël doit rester flexible. Il ne peut pas fonder sa sécurité sur l’idée que chaque partenaire appartiendrait automatiquement au même camp politique dans chaque conflit.
Les partenariats stratégiques créent des interdépendances politiques, économiques, technologiques et sécuritaires à long terme.
Les accords de défense institutionnalisent une coopération militaire et sécuritaire concrète.
Des coopérations sécuritaires approfondies de manière ciblée permettent de collaborer face à des menaces et des intérêts communs, sans qu’il en découle automatiquement une alliance militaire formelle assortie d’une obligation d’assistance mutuelle.
Israël ne construit pas une OTAN israélienne. Il construit quelque chose de plus flexible. La Grèce et Chypre renforcent sa position en Méditerranée orientale. L’Inde élargit l’horizon stratégique vers l’Asie. Le Somaliland ouvre une nouvelle relation dans la Corne de l’Afrique et sur l’accès à la mer Rouge. L’Azerbaïdjan demeure un partenaire important dans le Caucase. Les États-Unis restent l’allié stratégique central, tandis que les accords d’Abraham ouvrent à Israël des liens supplémentaires avec le monde arabe.
Ce réseau accroît la marge de manœuvre d’Israël et complique les tentatives de ses adversaires régionaux d’isoler politiquement, économiquement ou stratégiquement l’État juif.
Erdoğan construit des zones d’influence, Israël construit des partenariats
C’est là que réside la différence décisive. Erdoğan tente de concentrer le pouvoir turc à Ankara et d’étendre son influence par une présence militaire, des dépendances politiques, une imbrication économique, la religion et de nouvelles alliances. Israël poursuit en revanche un réseau décentralisé d’États dont les intérêts recoupent les siens dans des domaines importants.
Cela ne signifie expressément pas que chaque partenaire israélien serait automatiquement dirigé contre la Turquie. L’Inde, l’Azerbaïdjan, l’Arabie saoudite ou les États du Golfe entretiennent eux-mêmes des relations avec Ankara. La politique étrangère ne fonctionne pas comme un classement de football, même si les responsables politiques déploient parfois des efforts étonnants pour lui en donner l’apparence.
Mais c’est précisément là que réside la force de la stratégie israélienne : un partenaire n’a pas besoin d’être du côté d’Israël sur chaque question pour être d’une valeur stratégique dans des domaines décisifs.
Israël n’a pas besoin d’États qui rendraient service à Jérusalem par amitié. Il a besoin d’États qui souhaitent, dans leur propre intérêt, des relations stables avec Israël. De telles relations résistent généralement mieux aux pressions politiques que les belles déclarations sur une amitié éternelle.
Erdoğan n’est pas un provocateur qu’Israël peut simplement ignorer
Je considère Recep Tayyip Erdoğan comme un politicien de pouvoir dangereux. Non pas parce qu’il recourt occasionnellement à la symbolique ottomane ou aime se mettre en scène comme le dirigeant du monde islamique. Il devient dangereux par l’association de l’idéologie et du pouvoir réel.
Il s’agit d’un État membre de l’OTAN doté d’une grande armée, d’une industrie d’armement en croissance rapide, d’une influence considérable en Syrie et en Libye, de nouvelles structures régionales de défense et d’un vaste réseau politique, économique et religieux. Parallèlement, ses dirigeants apportent un soutien politique au Hamas et présentent de plus en plus eux-mêmes Israël comme une menace.
Israël serait mal avisé d’attendre que cette évolution devienne irréversible sous la forme de structures stratégiques avant de la prendre au sérieux. Jérusalem fait bien de développer systématiquement ses relations avec la Grèce, Chypre, l’Inde, l’Azerbaïdjan, le Somaliland, les États-Unis et d’autres États fiables.
Des partenaires forts ne remplacent pas la force propre. Mais des coopérations internationales solides garantissent qu’Israël dispose de davantage de possibilités d’action sur un échiquier géopolitique de plus en plus complexe.
Je dis ça comme ça…
L’affaiblissement de l’Iran ne crée pas automatiquement la sécurité
Pendant longtemps, l’attention stratégique d’Israël s’est à juste titre concentrée sur l’Iran et le réseau soutenu par Téhéran ou allié à celui-ci, composé du Hamas, du Hezbollah, des Houthis et d’autres groupes armés. L’affaiblissement de cet axe transforme la région. Mais il n’abolit pas la politique de puissance.
Un vide reste rarement longtemps vacant au Moyen-Orient.
Erdoğan possède les ambitions politiques, les instruments étatiques et, désormais, de plus en plus les structures internationales nécessaires pour revendiquer pour la Turquie une partie de cet espace. Le nouveau pacte de défense avec l’Arabie saoudite et le Pakistan ne constitue pas la preuve d’un vaste projet néo-ottoman abouti. Il représente toutefois une pièce importante supplémentaire d’un tableau qui se dessine toujours plus nettement.
Une Turquie forte ne représenterait pas nécessairement une menace pour Israël. Une Turquie entretenant des relations raisonnables avec Jérusalem pourrait même être un partenaire régional important. Le problème s’appelle Erdoğan et la ligne politique qu’il a donnée à son pays. Son attitude envers le Hamas, sa rhétorique agressive envers Israël, sa prétention à diriger le monde islamique et son influence croissante dans l’environnement stratégique immédiat d’Israël font de la puissance turque sous sa direction un problème de sécurité que Jérusalem ne peut ignorer.
ℹ️ Base factuelle et sources primaires de l’article 📑
▶️ Reuters :
L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan s’engagent à assurer une défense mutuelle
Détails sur la signature du Mecca Joint Defence Agreement et sur la clause de défense mutuelle.
▶️ Reuters :
La Turquie expose ses projets de pacte de défense avec le Pakistan et l’Arabie saoudite
Détails sur les mécanismes de coordination politiques et militaires, les exercices conjoints, l’industrie de défense ainsi que l’implication du Pakistan doté de l’arme nucléaire.
▶️ Ministère turc des Affaires étrangères :
Rencontre de Hakan Fidan avec une délégation du Hamas le 29 juillet 2026
Documentation officielle turque de la rencontre avec la direction du Hamas à Ankara.
▶️ Département du Trésor américain :
Le Trésor cible des dirigeants et financiers clés du Hamas
Documente plusieurs responsables et acteurs financiers du Hamas basés en Turquie ainsi que les structures financières de l’organisation.
▶️ Reuters :
Erdoğan affirme que le Hamas n’est pas une organisation terroriste
Documente la défense publique du Hamas par Erdoğan en tant que prétendu mouvement de libération.
▶️ Reuters :
Erdoğan affirme que la Turquie pourrait entrer en Israël pour aider les Palestiniens
Documente la déclaration d’Erdoğan sur une possible intervention turque, à l’image de la Libye et du Haut-Karabakh.
▶️ Reuters :
Erdoğan affirme que les attaques d’Israël contre la Syrie et le Liban menacent également la Turquie
Documente la présentation d’Israël par Erdoğan comme une menace pour la sécurité turque.
▶️ Reuters :
Israël a frappé des bases syriennes étudiées par la Turquie
Enquête sur des sites militaires syriens examinés par des équipes turques et sur les préoccupations sécuritaires d’Israël face à une présence militaire turque.
▶️ OTAN :
La déclaration du sommet d’Ankara
Déclaration officielle du sommet de l’OTAN de 2026 réaffirmant la défense collective au titre de l’article 5.
▶️ Bundeswehr :
L’unité allemande de Patriot en Turquie est opérationnelle
Documente la mission allemande Patriot, avec environ 150 soldats, destinée à soutenir la défense aérienne intégrée de l’OTAN en Turquie.
▶️ Reuters :
La Turquie bloque la coopération OTAN-Israël en raison de la guerre à Gaza
Documente le blocage par la Turquie de différentes formes de coopération entre l’OTAN et Israël en 2024.
▶️ Reuters :
La Turquie cherche à accroître ses ventes de défense alors que l’Occident se réarme et que les alliances évoluent
Mise en perspective actuelle de la forte croissance de l’industrie turque de défense.
▶️ Commission européenne :
Rapport 2025 sur la Türkiye
État actuel des activités et des différends turcs en Méditerranée orientale, ainsi que l’indication selon laquelle aucune activité de forage non autorisée n’a eu lieu depuis le début de 2021.
▶️ Reuters :
La Turquie vante ses conquêtes maritimes passées avant des discussions sur le différend méditerranéen
Mise en perspective de la doctrine turque de la « patrie bleue » et de son importance pour les revendications de puissance maritime d’Ankara en Méditerranée orientale.
▶️ Reuters :
La Grèce proteste contre le plan turc de délimitation maritime
Documente le différend persistant entre la Grèce et la Turquie au sujet des compétences maritimes et des zones maritimes.
▶️ TİKA :
Activités internationales de l’Agence turque de coopération et de coordination
Présentation officielle de l’engagement turc mondial dans le développement, la culture et les infrastructures.
▶️ Fondation turque Diyanet :
Activités internationales d’éducation et de culture
Informations officielles sur les programmes internationaux de formation et d’éducation religieuses.
▶️ Gouvernement israélien :
10e sommet trilatéral d’Israël, de la Grèce et de Chypre
Déclaration commune sur l’approfondissement de la coopération en matière de sécurité, de défense, de militaire, d’énergie et d’infrastructures régionales.
▶️ Ministère israélien de la Défense :
Coopération stratégique en matière de défense entre Israël et l’Inde
Documente l’approfondissement des relations de défense et du partenariat stratégique entre Israël et l’Inde.
▶️ Ministère israélien des Affaires étrangères :
Visite d’État du président du Somaliland en Israël
Déclarations officielles sur les intérêts stratégiques communs, la sécurité, l’extrémisme et la liberté de navigation.
▶️ Ambassade d’Israël en Azerbaïdjan :
Partenariat stratégique entre Israël et l’Azerbaïdjan
Description officielle de la coopération notamment dans les domaines politique, énergétique, sécuritaire et de la défense.
▶️ Département d’État américain :
La déclaration des accords d’Abraham
Documents originaux et aperçu des accords de normalisation entre Israël et les États arabes.
▶️ Reuters :
Trump lie les accords d’Abraham à tout accord avec l’Iran
État actuel des efforts américains visant notamment à convaincre l’Arabie saoudite de normaliser ses relations avec Israël.
▶️ Daily Wire :
Comment la Turquie tente de faire renaître un Empire ottoman moderne
Point de départ de la recherche sur les ambitions de puissance néo-ottomanes de la Turquie. Les principales affirmations factuelles de l’article s’appuient sur des sources primaires et d’autres sources indépendantes.
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