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En France, des bâtiments publics sont incendiés, des commerces pillés et des policiers attaqués. Le gouvernement rend notamment les extrémistes de gauche prêts à recourir à la violence responsables de l’escalade. Parallèlement, des slogans antisémites font leur apparition. Alors que la France tente de reprendre le contrôle de ses rues, à Berlin, Die Linke, les Verts et le SPD négocient la formation d’un nouveau gouvernement. Là aussi, il est question de la gestion de l’antisémitisme, de l’extrémisme et des limites de la responsabilité de l’État.
Quand la contestation sociale se transforme en violence ouverte
Le 17 octobre 2026, les protestations contre la hausse du coût de la vie et les dysfonctionnements du système éducatif français ont dégénéré. Ce qui avait commencé dans de nombreux endroits comme une manifestation pacifique s’est terminé, dans plusieurs villes, par des pillages, des véhicules incendiés et des attaques contre la police. À Limoges, l’hôtel de ville historique a été gravement endommagé par un incendie. De graves émeutes ont également éclaté à Paris, Marseille et Lyon.
Selon un rapport de l’agence de presse Associated Press daté du 20 octobre , environ 2 400 personnes ont été interpellées dans le cadre des troubles. Selon le ministère français de la Justice, plus de 800 suspects ont été déférés au parquet. Dans plusieurs villes, les autorités ont instauré des couvre-feux. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu des erreurs dans l’intervention policière et annoncé des mesures de sécurité nettement renforcées.

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Aus dem SCHLAGSEITE X-ArchivLe gouvernement rend notamment responsables de l’escalade des groupes d’ultragauche prêts à recourir à la violence. Comme Le Parisien l’a rapporté le 20 octobre, Lecornu a annoncé un important déploiement policier pour la prochaine manifestation. Le gouvernement français accuse des groupes violents de l’extrême gauche de mener une action organisée contre les institutions de l’État. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a décrit une stratégie ciblée de petits groupes mobiles, qui commettaient simultanément des actes de violence en différents endroits, mobilisant ainsi les forces de police.
Les enquêteurs ont notamment arrêté un suspect présenté comme étant lié à l’incendie criminel de la mairie de Limoges. Selon des médias français, l’homme aurait des contacts avec des mouvements écologistes radicaux. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a confirmé l’arrestation, mais ne s’est pas exprimé sur les motivations politiques du suspect.
Les revendications initiales en faveur d’une vie abordable et de meilleures écoles ont été reléguées au second plan par les violences. Quiconque dévalise des commerces, incendie des bâtiments publics ou attaque les forces de l’ordre ne manifeste plus pacifiquement contre des décisions politiques.
Le gouvernement français se trouve ainsi confronté à une tâche difficile. Il doit engager des poursuites pénales contre les violences, faire le bilan de ses propres manquements et empêcher que d’autres manifestations ne dégénèrent à nouveau.
De nouvelles manifestations sont déjà annoncées pour le 24 octobre. D’autres appels à la mobilisation sont également prévus pour début novembre, dont un appel syndical pour le 5 novembre. Lecornu a annoncé un dispositif policier considérablement renforcé pour la prochaine grande manifestation.
Gérer l’antisémitisme : la haine des Juifs dans les émeutes
Un incident survenu à Paris, au sujet duquel la Jüdische Allgemeine a fait état le 19 octobre, est particulièrement révélateur.
Une vidéo diffusée par le canal d’information franco-juif @mk_info_idf montre un manifestant masqué tenant une pancarte sur laquelle on peut lire en français :
« Arrêtez de nous gazer, nous ne sommes pas des Juifs. »
En allemand : « Arrêtez de nous gazer, nous ne sommes pas des Juifs. »
La phrase établit un lien entre l’usage de gaz lacrymogène et la persécution des Juifs par les nazis, instrumentalisant ainsi la Shoah au service d’une protestation politique. L’ajout « Nous ne sommes pas juifs » établit explicitement une distinction entre les manifestants et les personnes juives. Le message antisémite est manifeste.

On voit ici un problème qui dépasse la France. L’antisémitisme semble pouvoir être intégré sans difficulté à des conflits politiques très différents. Tantôt Israël sert de repoussoir, tantôt c’est le prétendu pouvoir des intérêts juifs, tantôt la Shoah est instrumentalisée pour des comparaisons de mauvais goût.
La participation d’extrémistes de gauche prêts à recourir à la violence est explicitement mentionnée par le gouvernement français. Une coordination islamiste centrale des émeutes n’est pas établie par les informations sur l’enquête publiées jusqu’à présent. L’incident antisémite survenu à Paris est documenté par la vidéo décrite par la Jüdische Allgemeine.
Que la haine des Juifs apparaisse même lors de manifestations consacrées au coût de la vie constitue un signal d’alerte politique.
Berlin et la question non résolue de l’antisémitisme
À Berlin, la possible formation d’un gouvernement composé de Die Linke, des Verts et du SPD soulève depuis des semaines une question tout aussi fondamentale : quelle force contraignante les principes démocratiques ont-ils lorsqu’ils sont contestés au sein même d’un parti ?
Le conflit s’est notamment enflammé autour de l’admission de Vanessa Emde au sein du groupe parlementaire de Die Linke à Berlin. Emde avait déclaré que les États n’avaient pas de droit à l’existence, mais que les êtres humains, eux, en avaient un. Sa position sur l’existence de l’État d’Israël a provoqué d’importantes controverses.
Le SPD et les Verts ont interrompu leurs discussions exploratoires le 13 octobre, après que le groupe parlementaire de Die Linke a adopté sa propre déclaration sur l’antisémitisme. Celle-ci divergeait sur des points essentiels de la déclaration convenue précédemment en commun. Les points particulièrement controversés étaient la reconnaissance du droit d’Israël à exister et les conséquences prévues en cas d’incidents antisémites. C’est notamment ce qu’a rapporté ZDFheute le 14 octobre.
Le 17 octobre, les trois partis se sont finalement mis d’accord sur un document exploratoire commun. L’accord commun sur la manière de traiter l’antisémitisme doit faire partie d’un éventuel accord de coalition.
Les partis y affirment leur attachement à la protection de la vie juive et au droit à l’existence d’Israël. À la demande d’au moins un secrétaire parlementaire, les incidents antisémites au sein des futurs groupes parlementaires de la coalition pourront être évalués par un comité d’experts composé de trois personnes.
L’exclusion du groupe parlementaire est également explicitement prévue comme conséquence possible.
La question décisive est toutefois de savoir qui, en fin de compte, prendra effectivement cette décision.
Le comité d’experts doit évaluer professionnellement l’incident concerné. Il ne peut toutefois lui-même exclure personne d’un groupe parlementaire. La décision concernant les conséquences reste explicitement du ressort du groupe parlementaire concerné, qui agit conformément à ses propres statuts.
La décision finale reste donc entre les mains des acteurs politiques dont la gestion de l’antisémitisme doit être examinée.
Les critères professionnels du comité ne sont pas non plus explicitement définis dans l’accord. Le document renvoie certes, pour l’action administrative, au cadre de travail existant du concept du Land de Berlin relatif à la lutte contre l’antisémitisme. Toutefois, aucune définition contraignante propre n’est donnée pour l’évaluation des incidents au sein des groupes parlementaires.
Pour les Berlinois juifs, la question de savoir avec quel degré de détail un accord de coalition est formulé est donc moins intéressante. Ce qui sera déterminant, c’est ce qui se passera si un député défend à nouveau des positions antisémites ou remet en cause le droit d’Israël à exister.
Le droit de vote après cinq ans de résidence et les limites de la Loi fondamentale
Un autre point de désaccord figure dans le document commun d’exploration sous le titre « Participation et lutte contre les discriminations ».
Die Linke, les Verts et le SPD veulent s’engager pour que les personnes résidant en Allemagne depuis cinq ans puissent voter et se porter elles-mêmes candidates au niveau communal et régional, indépendamment de leur nationalité. Les partis assortissent cette intention de la mention « dans le cadre de nos compétences ».
Cela concerne un domaine central de l’ordre démocratique.
Selon la Loi fondamentale en vigueur, les ressortissants allemands disposent du droit de vote aux parlements régionaux. Les citoyens d’autres États de l’UE peuvent en outre participer aux élections communales. Pour les personnes originaires d’États non membres de l’UE, un tel droit de vote n’existe pas à ce jour après cinq années de résidence.
La Cour constitutionnelle fédérale a souligné à plusieurs reprises le lien entre les élections démocratiques et le peuple allemand. Les fondements constitutionnels découlent notamment de l’article 28 de la Loi fondamentale.
Une extension correspondante aux ressortissants de pays tiers nécessiterait donc une modification des fondements constitutionnels. Berlin ne pourrait pas simplement instaurer la réglementation prévue par une loi ordinaire du Land.
Sur le plan politique, la proposition constitue une revendication en faveur d’une plus grande participation des personnes vivant ici de manière permanente. Sur le plan constitutionnel, elle soulève la question de savoir si, et dans quelles conditions, les droits démocratiques de vote doivent être dissociés de la nationalité.
Les partis n’ont jusqu’à présent présenté aucune voie concrète de mise en œuvre juridiquement viable sur le plan constitutionnel.

La France et Berlin : pourquoi les États démocratiques ont besoin de règles claires
Les émeutes françaises et les négociations de coalition à Berlin sont des événements distincts. Ils montrent toutefois deux domaines dans lesquels les États démocratiques ont besoin de règles claires.
En France, il s’agit directement du monopole étatique de la violence légitime. Les citoyens ont le droit de manifester et de critiquer vivement les décisions politiques. Dès que commencent les violences, les pillages et les incendies criminels, la police et la justice sont appelées à agir. Les revendications politiques des manifestants ne changent rien au caractère pénalement répréhensible de tels actes.
Berlin est confrontée à d’autres décisions. Un éventuel gouvernement doit y clarifier la manière dont il entend gérer les incidents antisémites au sein de ses propres rangs, les priorités de sécurité qu’il fixe et la compatibilité de ses projets politiques avec la Loi fondamentale.
Le 19 octobre, les Verts berlinois ont donné leur feu vert à une large majorité aux négociations de coalition. La direction régionale du SPD a également approuvé cette décision. Die Linke berlinoise entend se prononcer à ce sujet le 31 octobre.
Une coalition n’est donc pas encore formée. Les points de désaccord sur le fond sont toutefois déjà documentés.
En particulier pour la protection de la vie juive, un gouvernement ne peut pas se contenter de déclarations d’intention politiques. Il a besoin de procédures vérifiables, d’autorités de sécurité opérationnelles et de la volonté d’appliquer ses propres règles également à l’égard de ses alliés politiques.
C’est à cette aune que devra être mesurée la valeur pratique de l’accord berlinois sur l’antisémitisme.
La question décisive n’est ni Paris ni Berlin
Les autorités françaises doivent expliquer pourquoi les troubles ont pu prendre une telle ampleur. Le gouvernement a déjà reconnu avoir mal évalué la situation sécuritaire.
À Berlin, les décisions restent encore à prendre par les partis concernés. Le document exploratoire contient des projets concrets pour la protection de la vie juive, le travail de la police et la participation politique. Certains de ces projets devront être jugés à l’aune de leur mise en œuvre, d’autres d’abord au regard de leur admissibilité juridique.
Un État de droit démocratique ne montre pas sa force par des promesses aussi nombreuses que possible. Ce qui compte, c’est de savoir s’il fait appliquer ses lois, protège efficacement la vie juive et reste à la hauteur de ses propres ambitions politiques.
La France en fournit un rappel sérieux. Berlin doit apporter les réponses à ses propres problèmes.
ℹ️ Base factuelle et sources primaires de l’article 📑
▶️ Partis berlinois : document original du 17 octobre 2026
Davantage en commun, davantage de Berlin : résultat des explorations avec accord berlinois sur l’antisémitisme (PDF)
Document original des fédérations berlinoises de Die Linke, des Verts et du SPD. Contient l’élargissement prévu du droit de vote ainsi que, dans l’annexe 1, les dispositions relatives au comité d’experts et aux éventuelles exclusions de groupes parlementaires.
▶️ Loi fondamentale : article 28
Fondements constitutionnels des élections démocratiques dans les Länder et les communes
Texte officiel de la loi sur le droit de vote démocratique au niveau des Länder et des communes, y compris le droit de vote des citoyens de l’UE lors des élections municipales.
▶️ Associated Press, 20 octobre 2026
Des couvre-feux imposés dans des villes françaises pour empêcher de nouvelles émeutes
Reportage sur les couvre-feux, environ 2 400 arrestations, la présentation de plus de 800 suspects au parquet et les mesures de sécurité prises par l’État.
▶️ Associated Press : analyse des émeutes
Comment les pires émeutes qu’ait connues la France depuis des années ont éclaté et comment le gouvernement a réagi
Contexte des émeutes, des dégâts causés aux institutions publiques et du rôle des groupes prêts à recourir à la violence.
▶️ Le Parisien, 20 octobre 2026
Réactions du gouvernement aux émeutes du 17 octobre
Documente les déclarations du Premier ministre Sébastien Lecornu et du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ainsi que les préparatifs de l’opération policière du 24 octobre.
▶️ SUD Éducation : appels à la mobilisation
Vue d’ensemble des manifestations lycéennes et des actions syndicales annoncées
Documente notamment l’appel à la mobilisation du 5 novembre 2026.
▶️ Jüdische Allgemeine, 19 octobre 2026
Nous ne sommes pas juifs : la hideuse face des émeutes françaises
Commentaire d’Ute Cohen sur l’incident antisémite survenu pendant les émeutes françaises.
▶️ ZDFheute, 14 octobre 2026
Polémique autour de l’accord sur l’antisémitisme à Berlin
Couverture du conflit entre Die Linke, les Verts et le SPD, de la déclaration divergente du groupe parlementaire de Die Linke et de l’interruption des discussions exploratoires.
▶️ Tagesschau, 17 octobre 2026
Die Linke, les Verts et le SPD annoncent une percée dans les discussions exploratoires à Berlin
Article sur l’accord concernant le document commun des discussions exploratoires et les prochaines étapes de la formation du gouvernement.
▶️ Tagesschau / rbb, 18 octobre 2026
Ce que Die Linke, les Verts et le SPD prévoient pour Berlin
Résumé des principaux projets du document berlinois issu des discussions exploratoires.
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